L’Auberge de Collonges, la table de Monsieur Paul
L’Auberge de Collonges : Une maison de famille au bord de la Saône devenue une adresse mythique
En arrivant à Collonges-au-Mont-d’Or, la Saône n’est jamais bien loin : un méandre tranquille, un pont, et cette façade colorée que l’on reconnaît tout de suite, même sans jamais y avoir mis les pieds. L’Auberge du Pont de Collonges, que tout le monde appelle désormais l’Auberge de Collonges, est d’abord une histoire de maison de famille posée au bord de la rivière, bien avant de devenir « le » restaurant Paul Bocuse.
Au départ, c’est un hôtel-restaurant de village fondé en 1924, repris par les grands-parents maternels de Paul Bocuse, puis par son père Georges Bocuse en 1937. On y sert une cuisine traditionnelle bourgeoise généreuse pour les clients de passage, les habitants de Collonges et les Lyonnais en vadrouille. Paul, lui, se forme chez d’autres grands chefs avant de revenir, dans les années 1950, travailler avec son père puis reprendre officiellement l’auberge en 1957. C’est ici, dans cette maison serrée entre la route et la rivière, qu’il va patiemment transformer une adresse de village en grande table de référence, sans renier ce socle de cuisine de terroir.
La situation compte autant que la cuisine. Installée sur la rive de Saône, à quelques minutes au nord de Lyon, l’Auberge profite de ce paysage particulier des Monts d’Or : coteaux verdoyants, alignement de maisons, lumière qui joue sur l’eau au fil des saisons. Collonges n’est ni tout à fait la ville, ni complètement la campagne : c’est une porte d’entrée idéale pour une escapade gastronomique depuis Lyon, sans devoir traverser la France pour vivre un moment d’exception.
Autour de l’Auberge, le « petit monde » Bocuse s’est structuré avec le temps. À quelques centaines de mètres, l’Abbaye de Collonges accueille aujourd’hui mariages, banquets et grandes fêtes dans un décor spectaculaire d’orgues mécaniques et de limonaires. Plus loin, le long de la Saône et du Rhône, d’autres Maisons Bocuse – brasseries en ville, Brasserie L’Ouest à Vaise ou Fond Rose à Caluire – prolongent chacune à leur manière cet imaginaire des maisons gourmandes au fil de la rivière. Mais pour beaucoup de gastronomes, l’Auberge de Collonges reste la halte pour vivre une expérience unique, celle qui concentre un siècle d’histoire au bord de la Saône.
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De simple auberge à table légendaire : l’incroyable histoire de l’Auberge de Collonges
L’Auberge de Collonges, telle que les gourmets la connaissent aujourd’hui, est l’aboutissement d’une histoire commencée un siècle plus tôt. Fondée en 1924 sous le nom d’Hôtel du Pont, la maison est reprise en 1937 par Georges Bocuse, le père de Paul Bocuse, qui en fait une adresse réputée de la région lyonnaise. Après ses années de formation, Paul Bocuse revient épauler son père puis reprend officiellement l’auberge en 1957. Le tournant se joue en 1965 : cette année-là, le Guide Michelin lui décerne trois étoiles, qu’elle conservera sans interruption pendant plus de cinquante ans. À l’échelle de la gastronomie mondiale, peu d’adresses ont connu une telle longévité au sommet, et c’est ce qui installe durablement Collonges sur la carte des grandes tables.
Au-delà des étoiles, l’Auberge devient le théâtre de la cuisine selon Bocuse : une cuisine de produit, de terroir et de sauce, inspirée par la « nouvelle cuisine » mais solidement ancrée dans la tradition lyonnaise. Dans les salles, le service se fait en brigades bien huilées : cloches argentées, découpes en salle, plats flambés, chariot de fromages et de desserts. Beaucoup de voyageurs qui poussent la porte de Collonges viennent autant pour ce cérémonial que pour les assiettes elles-mêmes : ils cherchent à vivre « une fois dans leur vie » ce théâtre de la grande gastronomie française.
Après le décès de Paul Bocuse en 2018, la maison ne se fige pas pour autant. La famille Bocuse demeure aux commandes, tandis qu’un « équipage » précis est mis en avant : Vincent Le Roux pour la direction générale, Gilles Reinhardt et Olivier Couvin à la tête de la cuisine (tous deux Meilleurs Ouvriers de France), Benoît Charvet côté pâtisserie. Leur rôle n’est pas de faire table rase, mais de faire évoluer les dressages, d’alléger certains plats, de rafraîchir la carte au fil des saisons tout en gardant les signatures historiques qui font venir le monde entier.
En 2020, lorsque le Michelin retire la troisième étoile pour repositionner l’Auberge à deux étoiles, la nouvelle fait beaucoup de bruit. Pour autant, la maison conserve son aura d’adresse patrimoniale : elle reçoit le label « Entreprise du Patrimoine Vivant », rejoint le réseau Relais & Châteaux et continue d’être considérée comme une étape emblématique pour comprendre ce qu’a été – et ce qu’est encore – la cuisine de Bocuse.
En 2024, la maison a célébré 100 ans de présence de la famille Bocuse à Collonges : un centenaire largement mis en avant par la maison elle-même et par des institutions comme le Collège Culinaire de France, qui la citent volontiers comme exemple de restaurant de tradition ayant su traverser les époques.
À Collonges, on ne vient pas seulement « bien manger » : on vient toucher du doigt un morceau de l’histoire de la gastronomie française.
Si l’on s’intéresse aux grandes spécialités lyonnaises, l’Auberge de Collonges s’inscrit d’ailleurs dans une culture plus large : bouchons de la Presqu’île, brasseries Bocuse en ville, et ces plats qui forment la base du répertoire local, des quenelles aux abats. Pour ceux qui veulent creuser le sujet côté spécialités, l’article « Quenelle lyonnaise : son histoire et les meilleurs endroits pour la déguster autour de Lyon » permet de remettre Collonges dans le contexte plus vaste de la cuisine lyonnaise.
À quoi ressemble vraiment un repas à l’Auberge de Collonges ?
Arriver à Collonges, entrer dans la maison
Le jour J, on arrive généralement en voiture, en longeant la Saône avant de bifurquer vers Collonges-au-Mont-d’Or. La façade rouge et verte, ornée de fresques et de lettres dorées, apparaît brusquement au détour de la route, comme un décor de théâtre. On se gare sur le petit parking, on voit la rivière quelques mètres plus loin, le pont qui donne son nom à l’Auberge, et l’on comprend d’un coup pourquoi ce lieu est autant associé aux bords de Saône.
Une fois la porte franchie, le décor mêle boiseries, tapis, vaisselle blanche et détails plus contemporains. La grande rénovation menée en 2019 par Alain et Dominique Vavro a rafraîchi les salles sans gommer l’âme d’origine : couleurs plus sobres, éclairages mieux maîtrisés, quelques touches de modernité, mais toujours ces tableaux, ces sculptures et ces objets qui racontent la vie de la maison. On n’est ni dans un décor minimaliste, ni dans un musée figé : plutôt dans une grande maison bourgeoise qui aurait gardé son goût pour la mise en scène.
En salle, le ballet du service fait partie intégrante de l’expérience. Les équipes accueillent avec beaucoup de prévenance, sans rigidité, mais le cérémonial reste très présent : nappes immaculées, annonces détaillées des plats, cloches soulevées en même temps sur toute la table, chariot de fromages qui traverse la salle comme un petit cortège. C’est un point important à avoir en tête : si vous cherchez une ambiance totalement décontractée, façon guinguette en short au bord de l’eau, ce n’est pas ici qu’il faut réserver. Si vous avez envie de vivre un moment rare, cadré mais chaleureux, vous êtes au bon endroit.
Menus, coffrets et budget à prévoir
Un repas à l’Auberge de Collonges reste un investissement. Pour un déjeuner ou un dîner avec entrée, plat et dessert, il faut compter autour de 200 à 250 € par personne, hors boissons. Les menus dégustation montent un cran au-dessus : un parcours en cinq temps se situe aux environs de 230 € par personne, tandis qu’un grand menu anniversaire en plusieurs services peut approcher les 350–370 € selon la formule et la période de l’année.
Les coffrets cadeaux donnent une bonne idée des ordres de grandeur : pour deux personnes, une expérience complète avec accords mets et vins, autour des plats emblématiques de l’Auberge, dépasse facilement les 500 €. C’est clairement une adresse de destination : on ne s’y arrête pas « par hasard », on y va parce qu’on a envie d’offrir (ou de s’offrir) un grand repas au bord de la Saône.
| Type d’expérience | Contenu | Budget indicatif / personne |
|---|---|---|
| Déjeuner ou dîner « classique » | Entrée, plat, dessert, eau et café | ≈ 200–250 € hors vins |
| Menu dégustation | Parcours en 5 à 7 services | ≈ 230–370 € |
| Coffret « expérience complète » | Menu signature + accords mets & vins | ≈ 280–350 € |
Pour réserver, le plus simple reste de passer par le module en ligne via le site officiel, ou par téléphone si vous avez des demandes particulières (allergies, menu végétarien, événement à fêter). Le week-end, il est prudent de s’y prendre plusieurs semaines à l’avance, surtout pour les samedis soirs et les déjeuners dominicaux. Pensez aussi à prévoir le temps : un repas complet peut facilement durer trois heures, surtout si vous profitez du chariot de fromages et de desserts.
Enfin, si vous hésitez entre plusieurs tables le long de la rivière, gardez en tête que l’Auberge de Collonges représente le versant le plus gastronomique, presque cérémoniel, de l’art de vivre au fil de la Saône. Pour des expériences plus variées, de la guinguette aux belles terrasses de ville l’article « Manger au restaurant en bord de Saône : terrasses, vues imprenables et adresses gourmandes » permet de situer Collonges parmi d’autres haltes, parfois plus simples, mais tout aussi attachées à la rivière.
Les plats emblématiques de Bocuse à l’Auberge de Collonges
Soupe VGE, rouget et autres classiques de la maison
Impossible de parler de l’Auberge de Collonges sans commencer par la fameuse soupe aux truffes noires VGE. Ce plat naît en 1975, lorsque Paul Bocuse est décoré de la Légion d’honneur à l’Élysée : pour l’occasion, il imagine une soupe en croûte feuilletée, servie à Valéry Giscard d’Estaing. Dans chaque cocotte individuelle : un riche consommé de volaille, des lamelles de truffe noire, du foie gras, quelques légumes. Le tout est recouvert d’un dôme de pâte feuilletée dorée, que le convive brise lui-même à table pour laisser s’échapper le parfum des truffes.
Près de cinquante ans plus tard, la soupe VGE reste un symbole de l’Auberge. Beaucoup de clients la choisissent comme entrée pour « goûter à l’histoire », quitte à se tourner vers des propositions plus contemporaines sur les autres services. C’est aussi un bon résumé de l’esprit de la maison : un plat spectaculaire, très codifié, mais qui se concentre d’abord sur le goût et la générosité plutôt que sur la démonstration technique.
À côté de cette signature, quelques autres classiques occupent une place à part dans la carte. Le rouget en écailles de pommes de terre croustillantes, par exemple, où le poisson est recouvert de fines tranches de pomme de terre qui imitent ses écailles et apportent un croquant délicat. Ou encore les filets de sole « Fernand Point », hommage au maître de Bocuse, servis dans un registre très classique, avec une sauce riche et précise. Sans oublier les préparations autour du homard bleu, souvent proposées en gratin ou en association avec des crozets, qui illustrent le goût de la maison pour les produits nobles travaillés dans un esprit de terroir.
Volaille de Bresse, grenouilles et l’esprit des bords de Saône
Parmi les plats de résistance, la volaille de Bresse tient un rôle central. Servie aux morilles, en crème, ou parfois en vessie selon les périodes, elle arrive souvent entière en salle avant d’être découpée devant les convives. La Bresse est ici dans son élément : volaille de ferme, chair juteuse, peau dorée, sauce généreuse. C’est un plat à partager qui se prête bien aux grandes tablées familiales ou aux déjeuners de célébration. Si vous aimez ce produit, l’article « Poulet de Bresse : où vivre un vrai repas de la “volaille des rois” ? » permet d’élargir le regard à d’autres maisons qui le travaillent entre Saône et bocages.
Autre clin d’œil fort aux bords de Saône : les grenouilles. À Collonges, elles ne sont pas servies exactement comme dans les guinguettes de la vallée, mais souvent sous forme de jambonnettes travaillées avec une persillade raffinée, parfois accompagnées de préparations autour de la carpe fumée ou du cresson. On retrouve là, en version haute couture, tout l’imaginaire des tables au fil de l’eau, où fritures, poissons de rivière et grenouilles font partie de la fête.
Pour ceux qui aiment la version plus brute, plus campagnarde, des cuisses de grenouilles en persillade servies dans les Dombes et le long de la Saône, il peut être intéressant de confronter l’expérience de Collonges à des adresses plus terriennes. L’article « Cuisses de grenouilles : où déguster la vraie persillade des Dombes près de Lyon ? » offre un bon panorama pour compléter ce tour d’horizon.
Enfin, le repas ne serait pas complet sans le fameux chariot de desserts. Paris-Brest, millefeuille, flan, tartes de saison, œufs à la neige, entremets plus élaborés : la part belle est faite à une pâtisserie de grande maison, généreuse et lisible. Là encore, on reste dans l’ADN de l’Auberge : des classiques impeccablement exécutés, plus que des effets de mode.
Pour qui, quand et pourquoi choisir l’Auberge de Collonges ?
L’Auberge de Collonges n’est pas un restaurant pour tous les jours. C’est une adresse que l’on choisit pour marquer un moment : un anniversaire important, un voyage en amoureux, une grande étape d’un road trip le long de la Saône, ou simplement l’envie de s’offrir, une fois, une expérience unique dans une maison qui a compté dans l’histoire de la cuisine française.
Le public naturel, ce sont les urbains épicuriens et les gastronomes curieux qui vivent à Lyon ou à proximité, et qui acceptent de consacrer un vrai budget à un repas. Mais l’Auberge attire aussi de nombreux visiteurs de passage en région lyonnaise, français ou étrangers, qui organisent leur séjour autour de cette halte. Pour eux, Collonges devient une destination en soi : on arrive la veille, on se balade le long de la Saône, on déjeune ou on dîne à l’Auberge, puis on repart le lendemain.
Le choix du moment change réellement l’atmosphère. Un déjeuner permet de profiter de la lumière sur la Saône, de voir les salles dans leurs moindres détails, de prolonger éventuellement la journée par une balade. Un dîner, surtout en fin de semaine, accentue le côté cérémoniel : lumières plus douces, tempo plus lent, impression de parenthèse hors du temps. Dans les deux cas, mieux vaut prévoir de prendre son temps : un repas complet dure volontiers trois heures.
En contrepoint, certains lecteurs chercheront plutôt une ambiance plus libre, plus festive, voire dansante, en bord de rivière. C’est là que l’Abbaye de Collonges trouve sa place : non pas comme alternative gastronomique – ce n’est pas un restaurant étoilé – mais comme grande maison de fête signée Bocuse, dédiée aux mariages, banquets et soirées d’entreprise. Et plus largement, toute la vallée de la Saône regorge de guinguettes, de terrasses et de restaurants en bord d’eau où l’on vient autant pour l’ambiance que pour l’assiette.
Si vous êtes justement en quête de ces moments plus décontractés (soirées d’été, concerts, repas les pieds presque dans l’eau), l’article « Guinguettes en bord de Saône : où profiter de belles soirées en terrasse le long de la rivière » complète parfaitement une lecture consacrée à Collonges. On comprend alors que l’Auberge de Collonges n’est pas « la seule bonne adresse » sur la Saône, mais une pièce maîtresse d’un art de vivre global, qui va de la guinguette simple à la grande maison, en suivant le même fil d’eau.
Infos pratiques pour préparer votre repas à Collonges
Adresse :
Auberge du Pont de Collonges – Restaurant Paul Bocuse
40, quai de la Plage
69660 Collonges-au-Mont-d’Or – France
Cadre :
Maison historique en bord de Saône, à quelques mètres du pont de Collonges, dans un environnement de village aux portes de Lyon.
Accès :
- En voiture : environ 15–20 minutes depuis le centre de Lyon (Presqu’île), par la rive de Saône ou par la rocade des Monts d’Or.
- Parking : stationnement devant l’Auberge et parkings à proximité immédiate.
- Transports en commun : bus depuis Lyon (ligne vers Collonges-au-Mont-d’Or), puis quelques minutes à pied selon l’arrêt choisi.
Jours et services :
L’Auberge de Collonges est généralement ouverte pour le déjeuner et le dîner plusieurs jours par semaine, avec un ou deux jours de fermeture hebdomadaire. Les horaires pouvant évoluer, il est préférable de vérifier les jours d’ouverture au moment de la réservation sur le site officiel.
Réservation :
- Par le site officiel : module de réservation en ligne (Guestonline) accessible depuis la page de l’Auberge.
- Par téléphone : numéro de réservation disponible sur le site pour les demandes spécifiques (allergies, privatisation partielle, événement à fêter).
- Via certaines plateformes (type TheFork) pour visualiser les créneaux disponibles et confirmer en quelques clics.
Budget à prévoir (ordre de grandeur) :
- Repas « classique » entrée/plat/dessert : environ 200–250 € par personne hors boissons.
- Menus dégustation : de l’ordre de 230 € à 350–370 € par personne selon la formule.
- Coffrets cadeaux pour deux personnes avec accords mets & vins : souvent au-delà de 500 € pour l’ensemble de l’expérience.
Conseils pratiques :
- Réserver plusieurs semaines à l’avance pour les samedis soirs et les déjeuners dominicaux.
- Signaler dès la réservation les allergies, régimes particuliers ou demandes spécifiques (menu végétarien, gâteau d’anniversaire…).
- Prévoir une tenue soignée (smart casual) et un temps de repas de 2h30 à 3h, surtout si vous optez pour un menu dégustation.

