Croisière printanière en bateau de plaisance sur le canal des Vosges avec terrasse de café en bord d’eau

Canal des Vosges : une parenthèse au fil de l’eau entre Fontenoy‑le‑Château et la Marina de Corre

Canal des Vosges, Petite Saône et port de Corre : comprendre la jonction

Avant de devenir cette large rivière qui traverse Chalon, Mâcon puis Lyon, la Saône commence par un tronçon plus intimiste qu’on appelle la Petite Saône. Entre Fontenoy-le-Château et Corre, le canal des Vosges sert de trait d’union : un ruban d’eau rectiligne, ponctué d’écluses et de maisons éclusières, qui permet aux bateaux de location comme aux plaisanciers au long cours de passer de la vallée de la Moselle aux plaines de Haute-Saône. Sur ce segment, l’eau avance doucement, les berges sont basses et les vitesses limitées encouragent à regarder le paysage plutôt qu’à avaler des kilomètres.

Arriver ici, c’est d’abord suivre le canal lui-même : haltes fluviales aux abords d’Épinal, voie verte qui accompagne le bief vers La Vôge-les-Bains, puis paysages de plus en plus ruraux en approchant de Fontenoy-le-Château. On peut découvrir le canal des Vosges en bateau de location, profiter d’une journée en bateau électrique au départ d’Épinal, ou alterner navigation et vélo sur la voie verte du canal des Vosges, entre sous-bois et anciens chemins de halage. À mesure que l’on progresse, les écluses rythment la journée sans la compliquer, et l’on sent que l’on s’éloigne des grandes villes pour entrer dans une autre échelle de temps.

Au bout de cette progression, Corre apparaît presque par surprise. Après la dernière écluse, le bief s’ouvre, les lignes droites laissent place à des courbes plus larges et les pontons de la Marina de Corre dessinent un petit port posé au croisement de deux eaux. D’un côté, le canal des Vosges qui arrive en droite ligne ; de l’autre, les premiers méandres de la Petite Saône, déjà pensée pour accueillir les plaisanciers qui descendront ensuite vers Gray, Verdun-sur-le-Doubs ou Saint-Jean-de-Losne. C’est ce basculement, très concret, qui donne son goût à cette parenthèse : en quelques heures, on passe d’un canal discret à une rivière qui commence à raconter le reste de la Saône.

On ne choisit plus entre canal et rivière : on suit simplement l’eau, du bief rectiligne aux premiers méandres, en s’arrêtant dès qu’une halte, une auberge ou un port donne envie de poser l’amarre.

Arriver au canal : ports, haltes et premiers coups de pagaie

Bateaux de plaisance au port de Fontenoy-le-Château sur le canal des Vosges.
Bateaux de plaisance au port de Fontenoy-le-Château, première étape au bord du canal des Vosges.

Pour entrer vraiment dans le canal des Vosges, deux portes d’accès ressortent naturellement. La première, urbaine et facile, se trouve à Épinal, avec son port installé à quelques minutes à pied du centre-ville et la base nautique Natur’o, où l’on peut louer un bateau électrique pour quelques heures ou une journée. La seconde, plus intimiste, est Fontenoy-le-Château, sur le canal des Vosges, petit bourg accroché sur les pentes au-dessus du Côney, dont le port fluvial aligne les bateaux au pied des maisons anciennes et des ruelles pavées.

Autour d’Épinal, le canal longe d’anciens quartiers industriels, puis file rapidement vers une campagne plus verte. Les haltes de Chaumousey, Harsault ou Hautmougey marquent autant de petites stations de respiration : quelques anneaux d’amarrage, un bout de pelouse, parfois une aire de pique-nique et un chemin qui rejoint la voie verte. On peut y faire une pause à vélo, laisser les enfants courir, ou simplement descendre prendre un café sur le quai en attendant la prochaine écluse.

En s’éloignant de la ville, le décor change de registre. La vallée se resserre, les prairies humides alternent avec des bois de feuillus, et le canal trace son couloir rectiligne, bordé d’arbres qui dessinent un tunnel de verdure. La voie verte qui suit le canal devient alors un vrai compagnon de route : facile, presque plate, elle permet de laisser une partie du groupe pédaler pendant que l’autre reste à bord, ou de rejoindre à vélo une halte un peu plus loin sans bouger le bateau.

À l’approche de Fontenoy-le-Château, l’ambiance se fait plus villageoise. Quelques maisons isolées, un clocher au loin, puis les premières maisons du bourg et le port fluvial qui se dévoile en contrebas. Les écluses se resserrent, les ponts deviennent plus bas, et l’on sent que l’on arrive quelque part : un endroit où l’on a envie de descendre du bateau, de poser le sac pour une nuit, et de prendre le temps d’explorer les ruelles avant de continuer vers la confluence.

Idée de mise en jambes

Si vous hésitez encore à vous lancer pour plusieurs jours, une journée au départ d’Épinal en bateau électrique, avec un aller-retour tranquille jusqu’à une halte de campagne et retour par la voie verte, donne un bon aperçu de ce que le canal des Vosges a dans le ventre.

Un jour autour de Fontenoy : bourg médiéval, verrerie et retour au port

Verres colorés exposés dans un atelier de verrerie en Haute-Saône.
Verres colorés dans un atelier de verrerie, étape artisanale sur la route entre canal des Vosges et Petite Saône.

À Fontenoy-le-Château, le canal ne se contente pas de traverser la vallée : il fait partie du décor. Depuis le port, quelques pas suffisent pour rejoindre les ruelles anciennes, les maisons à pans de bois et les vestiges du château qui dominent le Côney. Le matin, le bourg se découvre volontiers à pied : on grimpe doucement vers les hauteurs pour jeter un œil à la vallée, on redescend flâner le long du bief, on observe le ballet des bateaux qui franchissent les écluses resserrées autour du village.

Ceux qui préfèrent se laisser porter peuvent aussi embarquer pour une croisière commentée sur le canal des Vosges au départ de Fontenoy-le-Château ou d’Épinal : une façon simple de vivre un passage d’écluse, d’écouter l’histoire du canal et de comprendre comment il relie la Moselle à la Saône sans avoir à manier soi-même les amarres.

Où manger à Fontenoy-le-Château ?

Au Moulin Cotant joue la carte du temps long : une maison posée au bord du Côney, une salle ouverte sur l’eau et une terrasse qui donne l’impression de déjeuner au-dessus de la rivière. Assiettes généreuses, cuisine de terroir et service chaleureux en font une adresse idéale pour prolonger la balade par un vrai repas, sans quitter le bord du courant.

Où dormir à Fontenoy ?

Pour rester au plus près de l’eau, il est possible de réserver une chambre au Moulin Cotant et de rejoindre le port à pied en quelques minutes. Ceux qui préfèrent une base plus autonome peuvent opter pour un gîte comme la Rosière, à proximité des thermes et des itinéraires de balade, tout en restant à courte distance en voiture ou à vélo du canal.

L’après-midi, la parenthèse peut se poursuivre en selle. Depuis la halte de Basse Vaivre, à quelques kilomètres en aval sur le canal, une petite route permet de rejoindre la verrerie de La Rochère. Fondée au XVe siècle, c’est l’une des plus anciennes verreries d’art encore en activité : derrière les grandes baies vitrées, on observe le verre incandescent, les maîtres verriers qui tournent, soufflent, coupent et posent les pièces dans les fours. La boutique permet de repartir avec quelques verres épais, carafes ou objets de table qui ressemblent à ceux que l’on voit parfois sur les tables de campagne en bord de Saône.

En fin de journée, le retour vers Fontenoy se fait au rythme que l’on veut : en suivant la même route en descente à vélo, en laissant le bateau revenir tranquillement vers le port, ou en combinant les deux. Lorsque les lumières baissent, le canal se calme encore d’un cran : les dernières écluses se ferment, les reflets des maisons se posent dans l’eau et le bief devient miroir. C’est souvent à ce moment-là que l’on mesure le mieux ce que cette parenthèse a de particulier : on n’est ni vraiment sur la Saône, ni tout à fait ailleurs, mais déjà en train de glisser vers la confluence.

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Descendre vers Corre : derniers kilomètres de canal

En quittant Fontenoy-le-Château vers l’aval, le canal des Vosges se fait plus silencieux encore. Les villages se raréfient, les routes s’éloignent, et l’on croise surtout des prairies, des bosquets, quelques fermes isolées. Les écluses s’enchaînent à intervalles réguliers, sans jamais être trop rapprochées : juste assez pour rythmer la journée et offrir ces pauses où l’on remonte sur le pont, on attrape les cordes, on échange quelques mots avec un autre équipage ou avec un éclusier de passage. C’est le moment du voyage où le temps s’étire, où l’on cesse de regarder sa montre pour se caler sur la vitesse de l’eau.

À terre, la vallée suit le même mouvement. Le long de la vallée du Côney, les prés humides accueillent hérons et cigognes, les bois de feuillus ferment parfois le paysage comme un rideau vert et la voie verte, elle, reste fidèle au canal. Ceux qui ont emporté des vélos en profitent pour alterner les points de vue : un tronçon à bord, un tronçon en selle, en se retrouvant à la halte suivante. Sur certaines portions, le chemin de halage garde les traces de son ancienne vocation : un ruban de gravier ou de terre battue, bordé d’anciens poteaux, où l’on imagine encore les chevaux tirant les péniches d’un autre siècle.

Au fil des kilomètres, des haltes de campagne permettent de souffler sans programme particulier. On coupe le moteur, on laisse le bateau se ranger contre le quai, on descend pour marcher quelques minutes, écouter le bruit de l’eau qui file sur le déversoir, ou simplement s’asseoir dans l’herbe avec un café de thermos. Ce ne sont pas des ports avec services et animation, mais justement des points d’appui parfaits pour ceux qui cherchent une vraie coupure, loin des terrasses pleines et des promenades très fréquentées.

Puis, presque sans prévenir, les signes de la Saône se font plus présents. La signalisation fluviale change, les informations de gabarit évoquent la Petite Saône et l’on finit par apercevoir les dernières installations caractéristiques d’un canal : une ultime écluse, quelques ouvrages de régulation, des berges encore bien orthogonales. Après ce dernier seuil, l’eau se libère un peu, les rives s’arrondissent, les arbres se reculent : on vient de quitter le canal des Vosges et d’entrer dans les tout premiers mètres de la Saône.

Le canal des Vosges en quelques chiffres

  • Environ 120 km de navigation entre la vallée de la Moselle et la Petite Saône.
  • Plus de 90 écluses à franchir, dont les dernières juste avant d’arriver à Corre.
  • Un gabarit et des vitesses pensés pour la plaisance, qui laissent le temps d’observer le paysage.

Corre, petit port où le canal devient Saône

Terrasse et pontons de la Marina de Corre au bord de la Petite Saône.
Terrasse et pontons de la Marina de Corre, là où le canal des Vosges rejoint la Petite Saône.

Vue depuis l’eau, Corre ressemble d’abord à un coude élargi dans la vallée. Au centre, la Marina aligne ses pontons sur un bassin protégé, avec quelques voiliers, des pénichettes et des bateaux de location qui patientent le long des catways. Tout autour, les berges restent très vertes, avec quelques terrasses et bâtiments bas qui ne cassent pas l’échelle villageoise. On est loin d’un grand port de plaisance : ici, on entend les oiseaux autant que les moteurs, et on peut encore discuter tranquillement avec ses voisins de ponton.

La Marina de Corre en deux mots

Port de plaisance, camping et point de confluence, la Marina de Corre concentre tout ce dont on a besoin pour souffler après plusieurs jours de navigation : pontons confortables, sanitaires, emplacements pour tentes et mobil-homes, petite épicerie ou dépôt de pain selon la saison. C’est aussi un lieu où l’on peut simplement s’asseoir en terrasse et regarder entrer ou sortir les bateaux venus du canal des Vosges ou de la Petite Saône.

Une fois amarré, la vie se réorganise autour du bassin. Le matin, on traverse le ponton pour aller chercher le pain ou le café, on en profite pour voir qui arrive du canal, qui repart vers Gray ou Saint-Jean-de-Losne. En milieu de journée, certains choisissent de repartir pour une courte navigation sur les premiers méandres de la Petite Saône : quelques kilomètres suffisent pour sentir la différence de gabarit, de lumière, de rythme, avant de revenir se poser au port. D’autres préfèrent enfourcher un vélo pour suivre la berge, retrouver la voie verte ou pousser jusqu’à un point de vue sur la rivière.

Manger et dormir à la Marina

À quelques pas des pontons, le restaurant La Marina propose une cuisine maison servie en terrasse, directement au bord du bassin : idéal pour un déjeuner en regardant passer les bateaux, ou un dîner au coucher du soleil. Pour la nuit, plusieurs options coexistent : dormir à bord de son bateau, réserver un mobil-home ou un emplacement au camping de la Marina, ou combiner les deux si l’on navigue en groupe. Dans tous les cas, on reste à quelques mètres de l’eau et du clapot léger qui accompagne la soirée.

Ce séjour à Corre peut se vivre comme un point final ou comme un début. Point final, si l’on choisit de rester deux jours au port, à alterner petites navigations, balades à pied ou à vélo et longues pauses en terrasse. Début, si l’on décide au contraire de prolonger le voyage en descendant la Petite Saône vers Gray, puis plus loin vers Verdun-sur-le-Doubs et la Grande Saône. Dans ce cas, la parenthèse entre canal et rivière joue son rôle de sas : on quitte la discrétion d’un canal vosgien pour rejoindre peu à peu la large rivière que l’on connaît déjà, avec le sentiment d’en avoir découvert la source cachée.

Conseils pratiques pour organiser cette parenthèse canal + Saône

Pour profiter pleinement du canal des Vosges et de la Petite Saône, mieux vaut choisir la bonne fenêtre et se préparer un minimum. Voici quelques repères simples pour organiser cette parenthèse au fil de l’eau.

  • Quand partir ? Le printemps et le début de l’automne sont souvent les plus agréables : journées assez longues, températures douces, verdure encore bien présente sur les berges. En plein été, la navigation reste possible, mais les heures de milieu de journée peuvent être très chaudes sur le pont : on privilégie alors les départs matinaux, les pauses longues à l’ombre et, si possible, une petite sieste à quai lorsque le soleil est au plus haut.
  • Niveau de difficulté. Sur le canal des Vosges, les écluses sont nombreuses mais bien espacées, avec des ouvrages standardisés qui rassurent rapidement les équipages débutants. Sur la Petite Saône, la gestion se simplifie encore : écluses automatisées ou assistées, signalisation claire, vitesses limitées qui poussent naturellement à lever le pied.
  • Formalités de navigation. Une vignette de navigation reste nécessaire pour emprunter ces voies : mieux vaut vérifier les modalités de Voies Navigables de France avant de partir, surtout si l’on prévoit de cumuler canal, Petite Saône et, plus bas, Grande Saône.
  • Quel bateau choisir ? Les grandes enseignes de location de pénichettes et de bateaux sans permis disposent de bases à Épinal ou à Fontenoy-le-Château, avec des itinéraires préconstruits sur 3, 4 ou 7 jours entre Vosges et Haute-Saône. Les équipages qui préfèrent tester en douceur peuvent commencer par une simple journée en bateau électrique depuis Épinal, puis réserver plus tard une boucle plus longue.
  • Combien de personnes à bord ? Dans la plupart des cas, un équipage de deux personnes motivées suffit à manœuvrer ces bateaux : l’un à la barre, l’autre aux cordes, en alternant les rôles d’écluse en écluse.

Emporter des vélos change aussi la tonalité du séjour. La voie verte qui longe le canal vers La Vôge-les-Bains, puis les chemins qui mènent à la verrerie de La Rochère ou aux petits villages de la vallée, permettent de varier les points de vue et de donner plus de liberté à chacun dans le groupe. L’important est de rester réaliste sur les distances : quelques dizaines de kilomètres suffisent largement pour une journée où l’on alterne montées de bateau, arrêts photos, visites et pauses en terrasse.

Préparer la suite sur la Saône

Si cette parenthèse entre canal des Vosges et Petite Saône donne envie de descendre plus loin, un coup d’œil à votre itinéraire le long des écluses de la Saône aide à anticiper les étapes, les barrages et les ports où faire halte avant de rejoindre la Grande Saône.

Et si vous prolongiez le voyage ?

Une fois la Marina de Corre apprivoisée, plusieurs scénarios se dessinent naturellement. Le premier consiste à rester sur place : on garde le bateau amarré et l’on organise ses journées autour du port, avec de petites sorties sur la rivière, des balades à pied le long des berges et quelques allers-retours à vélo pour changer de point de vue sur la confluence. C’est une façon douce de prolonger la parenthèse sans changer de rythme, en laissant le temps faire son travail.

Le second scénario invite au contraire à reprendre la route sur l’eau. Vers l’aval, la Petite Saône file en douceur vers Gray, puis plus loin vers les grands carrefours fluviaux de Verdun-sur-le-Doubs ou de Saint-Jean-de-Losne. En quelques jours supplémentaires, on passe de la rivière intime à la Saône plus large, avec des ports plus grands, des villages viticoles, des guinguettes et des haltes urbaines déjà bien présentes dans d’autres escapades au fil de la Saône. Ce qui avait commencé comme une parenthèse entre canal et rivière devient alors le premier chapitre d’un voyage plus long.

Pour ceux qui aiment surtout l’idée de collectionner les expériences d’eau, cette escapade s’inscrit aussi dans une série plus large. D’autres canaux reliés à la Saône, d’autres affluents et d’autres confluences offrent des atmosphères différentes : paysages de vignes, écluses plus serrées, barrages spectaculaires, ports très animés ou, au contraire, presque secrets. Il sera toujours temps, plus tard, de repartir sur un canal de Bourgogne, de suivre un tronçon du Doubs ou de retrouver un bief du canal du Centre. Mais en quittant Fontenoy-le-Château et la Marina de Corre, on aura déjà compris une chose : la Saône ne se résume pas à son lit principal, elle se raconte aussi dans ces détours, ces jonctions et ces petits bouts de canal qui viennent la rejoindre.

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