La passerelle du Palais de Justice de Lyon, un lien suspendu entre Presqu’île et Vieux‑Lyon
Depuis les quais, la passerelle du Palais de Justice apparaît d’abord comme une ligne rouge très simple : un mât élancé, des haubans qui rayonnent, un tablier étroit posé juste au‑dessus de la Saône. En montant dessus, le décor change immédiatement. On quitte le trottoir du quai des Célestins, les voitures et les vitrines de la Presqu’île, pour se retrouver au milieu du fleuve, avec devant soi les 24 colonnes du Palais de Justice, les façades de Vieux‑Lyon et la colline de Fourvière, et derrière soi les quais et les immeubles de la rive droite.
En quelques mètres, la ville se lit autrement depuis cette passerelle piétonne sur la Saône. Le regard file le long du quai Romain‑Rolland, accroche la silhouette de la basilique, suit les façades ocre et les pavés du quartier Saint‑Jean, avant de revenir vers la façade néoclassique du Palais de Justice et les immeubles de la rive droite. Sous le tablier, la Saône reste étonnamment calme : un couloir d’eau où passent les bateaux promenade, quelques péniches et, certains jours, la navette fluviale. On entend les bruits de la ville, mais un peu en retrait, comme si la passerelle offrait un petit balcon suspendu entre deux rives.
Le soir, quand les lumières s’allument sur les quais et que Fourvière se découpe dans le ciel, la passerelle devient l’un des points de vue les plus photogéniques de Lyon. Quelques pas suffisent pour s’éloigner du trottoir et prendre le temps de regarder la Saône couler en plein centre-ville.
C’est cette double fonction qui rend le lieu si particulier : passage très utilisé au quotidien entre Presqu’île et Vieux‑Lyon, mais aussi pause possible au milieu de la rivière, le temps de quelques photos ou d’un simple moment appuyé sur la rambarde. On peut y arriver en sortant du métro à Cordeliers ou à Bellecour, en descendant de Vieux‑Lyon par les ruelles du quartier Saint‑Jean, ou en suivant les quais. Dans tous les cas, la traversée s’intègre facilement dans une balade d’une heure : un aller‑retour entre les deux rives, une boucle avec le pont Bonaparte, ou une fin de promenade avant un verre ou un dîner à deux pas de l’eau.
Entre les 24 colonnes et Fourvière, un pas au‑dessus de la Saône
Côté Presqu’île, on rejoint la passerelle directement depuis le quai Saint-Antoine ou le quai des Célestins, à niveau, en longeant simplement la Saône. Le mât rouge et les haubans se détachent au-dessus du stationnement et des trottoirs : il suffit de quelques pas pour quitter le flux piéton et s’engager sur le tablier. On laisse derrière soi les alignements d’immeubles, les boutiques et les cafés de la rive droite pour s’avancer au-dessus de la rivière.
En face, sur la rive gauche, se dessinent nettement les 24 colonnes du Palais de Justice, le quai Romain‑Rolland et les façades serrées de Vieux‑Lyon. La passerelle arrive presque dans l’axe du bâtiment, au niveau de la place qui borde le palais et du pied du quartier Saint‑Jean : en sortant côté Vieux‑Lyon, on passe à deux pas de la sculpture contemporaine The Weight of Oneself, avant de retrouver immédiatement les pavés et les pentes qui montent vers Fourvière.
Au milieu de la passerelle, la Saône apparaît comme un couloir calme entre deux rives très différentes. D’un côté, la Presqu’île et ses quais rectilignes, de l’autre les façades anciennes et la colline. La traversée devient un petit changement de décor à part entière : on ne fait pas que passer d’un quartier à l’autre, on prend le temps de voir comment la ville s’organise autour du fleuve.
Replacer la passerelle dans l’histoire des ponts de la Saône
Pour découvrir d’autres ponts marquants du fleuve, de la petite Saône vosgienne jusqu’à Lyon, l’article dédié aux ponts de la Saône permet de voir comment chaque ouvrage raconte une facette différente de la rivière.
Cet endroit de la Saône, qui a vu se bâtir puis disparaître plusieurs ponts
Le site de la passerelle n’a pas toujours été occupé par une fine traverse piétonne. Longtemps, on y a franchi la Saône grâce à des ponts plus massifs : d’abord des ouvrages plus rudimentaires, puis un pont suspendu au XIXe siècle qui reliait déjà la Presqu’île aux abords du Palais de Justice et de Vieux‑Lyon. Ce pont faisait partie de ces grands passages qui structuraient la ville, en concentrant flux et regards au même endroit.
Au fil du temps, crues, vieillissement et surtout destructions de la Seconde Guerre mondiale ont eu raison de ce franchissement. Comme ailleurs à Lyon, les opérations de démolition et de reconstruction ont laissé un « trou » dans la chaîne des ponts : pendant plusieurs décennies, il n’y a plus eu de passage direct ici entre Presqu’île et Vieux‑Lyon. Les traversées se faisaient par le pont Bonaparte ou le pont Maréchal‑Juin, un peu plus au nord et au sud, en contournant ce segment de rivière.
Ce n’est pas le seul pont du centre à avoir changé de visage ou disparu : un peu plus au nord, le pont du Change raconte lui aussi comment Lyon a effacé puis réinventé certains passages sur la Saône.
La “Girafe”, cette élégante traversée de la Saône pour les piétons
Quand on l’aperçoit depuis les quais, la passerelle du Palais de Justice ne ressemble pas aux autres ponts du centre de Lyon. Son tablier est étroit, réservé aux piétons, et semble filer à ras de l’eau sans aucune pile au milieu de la Saône. Tout se joue autour d’un mât rouge planté côté Presqu’île, dont partent des haubans fins qui tirent le tablier vers le ciel. Les jours de vent, on sent d’ailleurs légèrement la structure vibrer sous les pas, ce qui accentue encore la sensation d’être suspendu au‑dessus du fleuve. De près, on voit bien que tout est pensé pour la marche : largeur confortable, garde‑corps qui n’obstrue pas la vue, pente douce dans les deux sens.
La passerelle est née dans les années 1980, à un moment où la ville cherche à mieux relier ses deux rives sans rajouter de trafic routier au centre. Le choix d’un ouvrage entièrement piéton, dans l’axe du Palais de Justice, affirme une idée simple : offrir une traverse directe entre Presqu’île et Vieux‑Lyon, conçue pour ceux qui se déplacent à pied. Son surnom, la “Girafe”, vient justement de ce grand mât rouge qui domine la rive droite et dont les câbles évoquent un long cou élancé au‑dessus de la rivière.
En 2024, la passerelle a été officiellement rebaptisée “passerelle Pierre‑Truche”, en hommage à l’ancien procureur général associé au procès de Klaus Barbie. Le nouveau nom rappelle que l’on passe ici devant un Palais de Justice qui a marqué l’histoire contemporaine de la ville, tandis que le surnom “Girafe” continue à vivre dans le langage courant. Entre ce geste mémoriel et sa silhouette très graphique, la passerelle est devenue un repère à part entière dans le paysage lyonnais : une œuvre d’ingénierie, mais surtout une traverse quotidienne qui s’intègre naturellement dans les balades au bord de la Saône.
De quai en quai, la passerelle comme longue vue sur la rivière et la ville
Au centre du tablier, la passerelle devient une véritable longue vue sur Lyon. En regardant vers Vieux‑Lyon, on a face à soi les 24 colonnes du Palais de Justice, la façade blanche légèrement en retrait, puis la colline qui monte vers la basilique de Fourvière et la tour métallique. Juste en dessous, le quai Romain‑Rolland déroule ses façades serrées et ses arbres, avec le va-et-vient des piétons et parfois des stands ou des terrasses éphémères au fil des saisons.
En se tournant vers la Presqu’île, la perspective change : la Saône s’élargit entre les quais Saint‑Antoine et des Célestins, les façades régulières des immeubles alignés, les ponts qui se succèdent en aval vers Bellecour puis la Confluence. Le pont Bonaparte se détache juste en amont avec ses arches massives, offrant une autre façon de traverser entre Vieux‑Lyon et la place Bellecour. On perçoit alors bien comment chaque ouvrage dessine une autre façon d’entrer ou de sortir du centre par la rivière.
La lumière joue beaucoup dans la manière de vivre cet endroit. En matinée, quand la circulation reste encore calme, la passerelle permet de voir nettement les détails : câbles, pierres du palais, relief des façades, collines au loin. En fin de journée, le soleil rasant colore les immeubles et fait scintiller la Saône, avec des reflets particulièrement doux côté Vieux‑Lyon. Une fois la nuit tombée, l’éclairage du Palais de Justice, de la basilique et du tablier crée une ambiance presque théâtrale : les silhouettes se découpent sur la rivière, et quelques minutes au milieu suffisent pour profiter de cette vue de carte postale avant de poursuivre la balade.
Un tablier pour les piétons, un couloir libre pour la rivière et les bateaux
Voir passer les bateaux sous la “Girafe”
Depuis le milieu de la passerelle, la Saône n’est pas seulement un décor : c’est un axe vivant où passent péniches, bateaux promenade et parfois la navette fluviale. Le tablier, suspendu sans pile au centre du fleuve, laisse un large couloir libre sous la structure : les embarcations glissent en silence, avec en arrière-plan les quais et les façades. En quelques minutes, on peut voir défiler bateaux-restaurants, croisières touristiques ou simples barges de service, ce qui donne une échelle très concrète à la hauteur de l’ouvrage.
Pour celles et ceux qui ont envie de passer “du dessus au dessous”, un embarcadère se trouve à proximité, côté Presqu’île. Une fois la traversée piétonne terminée, il est facile de prolonger l’expérience au ras de l’eau en montant à bord d’une croisière ou d’une navette sur la Saône : le guide naviguer sur la Saône permet d’anticiper horaires, types de bateaux et ambiances pour choisir la bonne formule.
Quelques repères pratiques pour profiter de cette traversée de la ville et de la Saône
| Repère | Côté Presqu’île | Côté Vieux‑Lyon |
|---|---|---|
| Accès métro | Ligne A, stations Cordeliers ou Bellecour, puis 5 à 10 minutes à pied le long des quais Saint‑Antoine / des Célestins. | Ligne D, station Vieux‑Lyon, sortie vers le quai Romain‑Rolland en quelques minutes de marche. |
| Type de passage | Accès de plain‑pied depuis le trottoir du quai, tablier réservé aux piétons. | Accès de plain‑pied depuis le quai Romain‑Rolland ; cyclistes invités à mettre pied à terre quand il y a du monde. |
| Durée à prévoir | 10 à 15 minutes pour traverser et profiter de la vue au milieu du tablier. | 45 minutes à 1 heure si l’on intègre la passerelle dans une boucle avec le pont Bonaparte et les quais. |
| Moments à privilégier | Matin pour le calme et les détails sur le palais et la colline de Fourvière. | Fin de journée et début de soirée pour les reflets dorés sur la Saône et les lumières nocturnes. |
Pour intégrer la passerelle dans une balade simple, une option consiste à partir de Cordeliers ou Bellecour, longer la Saône jusqu’au mât rouge, traverser tranquillement vers le Vieux‑Lyon, puis remonter vers la cathédrale Saint‑Jean avant de revenir par le pont Bonaparte. On passe ainsi par trois points de vue différents sur la rivière sans jamais s’éloigner du centre. En fin de promenade, il reste toujours la possibilité de s’arrêter en terrasse, côté Vieux‑Lyon ou côté Presqu’île, avec la passerelle en ligne de mire comme fil rouge de cette petite traversée de la ville.
FAQ – Passerelle du Palais de Justice à Lyon
La passerelle du Palais de Justice est‑elle ouverte 24h/24 ?
Oui. La passerelle est un ouvrage piéton intégré à l’espace public : on peut la traverser de jour comme de nuit, toute l’année, sauf fermeture exceptionnelle liée à des travaux ou à des dispositifs de sécurité ponctuels (manifestations, crues importantes, événements). Il n’y a ni portillon ni grille à ses extrémités.
Peut‑on traverser la passerelle avec un vélo ou une trottinette ?
La passerelle est conçue comme un passage piéton. Les vélos et trottinettes y passent régulièrement, mais la règle de bon sens consiste à rouler au pas aux heures très calmes, et à mettre pied à terre dès qu’il y a du monde, surtout en fin de journée et le week‑end. En pratique, on profite bien mieux de la vue en poussant son vélo que guidon dans une main et appareil photo dans l’autre.
La passerelle est‑elle adaptée aux poussettes et aux fauteuils roulants ?
Oui, les accès se font de plain‑pied depuis les quais, sans escalier, et le tablier est suffisamment large pour se croiser à deux. Les rampes d’accès côté Presqu’île comme côté Vieux‑Lyon sont utilisées dans des circuits accessibles proposés par l’Office de tourisme : en fauteuil ou avec une poussette, il faut simplement accepter une légère pente mais aucun franchissement de marche.
Où se garer si l’on vient en voiture pour profiter de la passerelle ?
La Presqu’île est désormais en grande partie en zone à trafic limité : l’accès en voiture est possible mais encadré, avec une circulation plus apaisée qu’avant. Le plus simple est d’utiliser le parking Saint‑Antoine, directement en face de la passerelle sur le quai Saint‑Antoine, ouvert 24h/24. En sortant à pied du parking, il suffit de quelques dizaines de mètres le long du quai pour rejoindre l’entrée de la passerelle côté Presqu’île.
Peut‑on combiner facilement la passerelle avec une croisière sur la Saône ?
Oui, c’est même une bonne façon de varier les points de vue. Des embarcadères se trouvent à quelques minutes à pied côté Presqu’île : on peut commencer par traverser la passerelle pour repérer la ville depuis le dessus, puis redescendre vers les quais pour embarquer sur une croisière ou une navette fluviale. Mieux vaut vérifier les horaires en amont, surtout en hiver ou en soirée, les fréquences variant selon la saison.

