Pont de Bourgogne : le visage moderne de la Saône à Chalon-sur-Saône
Vu de loin, le pont de Bourgogne ressemble presque à un geste d’ingénieur parmi d’autres : un tablier en béton précontraint, des haubans, deux pylônes qui se détachent sur le ciel au-dessus de la Saône. De près, il raconte pourtant une autre histoire que celle d’un simple ouvrage routier. Ici, on ne traverse pas la rivière au cœur du centre ancien, comme sur le pont Saint-Laurent ou sur un vieux pont de ville-port : on l’enjambe dans un paysage de rocade, de zones d’activités et d’équipements portuaires, là où la Saône dialogue davantage avec les flux contemporains qu’avec les façades historiques.
C’est ce changement d’échelle qui fait l’intérêt de ce pont à haubans signé Michel Virlogeux et Charles Lavigne. Entre la berge, le ruban de la rocade et le fleuve élargi, le pont de Bourgogne offre un bon observatoire sur la façon dont Chalon a organisé une partie de ses circulations modernes vers le nord et autour de la Saône. En prenant le temps de sortir du trafic, de descendre vers un quai ou un chemin de halage, on découvre un point de vue complémentaire aux ponts plus anciens : un pont pour comprendre le paysage autant que pour passer d’une rive à l’autre.
Arriver à Chalon par le pont de Bourgogne
Quand on arrive par le nord, Chalon-sur-Saône ne commence pas par les façades serrées du centre ancien ni par les terrasses de quai. Elle se présente d’abord sous la forme d’un large échangeur, de panneaux verts et de bretelles qui glissent vers le boulevard périphérique. En suivant la rocade, le pont de Bourgogne s’impose presque sans prévenir : la chaussée s’élève, les rambardes s’écartent, les pylônes en forme de lyre apparaissent et, en un instant, la Saône se trouve sous la voiture, plus large qu’on ne l’imaginait.
Sur un côté, le regard accroche les installations portuaires, les entrepôts et les zones d’activités qui occupent la plaine. De l’autre, au-delà des haubans, on devine le profil plus compact de Chalon-sur-Saône, avec ses toits et ses clochers à distance. En quelques secondes, le pont relie deux visages de la ville : celui d’un centre ancien posé sur la Saône, et celui d’une agglomération contemporaine organisée autour des grands axes. La plupart du temps, on se laisse porter par le trafic et l’on file jusqu’au prochain rond-point, sans penser à ce que ce panorama raconte.
Pourtant, il suffit d’anticiper un peu pour transformer ce passage en porte d’entrée choisie. En redescendant vers les quais ou vers Saint-Marcel, on peut retrouver le bord de l’eau et regarder le pont de Bourgogne de l’extérieur. Vu depuis la berge, la traversée que l’on vient de faire en voiture prend une autre dimension : on mesure la largeur de la « grande Saône », la hauteur du tablier, la place laissée aux péniches et aux bateaux de commerce qui glissent en dessous. En amont, d’autres villes comme Port-sur-Saône montrent encore un visage plus rural du fleuve, autour d’un vieux pont et d’une escale fluviale paisible ; ici, à Chalon, le pont de Bourgogne rappelle d’emblée que la Saône est aussi un axe de circulation moderne, que l’on franchit à grande vitesse avant, peut-être, d’aller la retrouver à hauteur d’homme sur les quais du centre.
Infos pratiques pour voir le pont de Bourgogne
- Où se trouve le pont ? Le pont de Bourgogne porte la RD 5A, sur le contournement nord de Chalon-sur-Saône, entre la ville et Saint-Marcel. Il franchit la Saône un peu en aval des installations portuaires et des zones d’activités.
- Accès voiture : depuis l’A6 ou la RCEA, suivre les sorties Chalon nord puis les indications vers le boulevard périphérique. Le pont se traverse naturellement en suivant la rocade : l’idée est ensuite de revenir par les berges pour le voir de l’extérieur plutôt que de s’attarder sur les voies rapides.
- Se garer pour l’observer : privilégier un stationnement près des quais ou d’une petite rue en bord de Saône (rive Chalon ou rive Saint-Marcel), puis rejoindre le fleuve à pied. Quelques minutes de marche suffisent généralement pour trouver un point de vue dégagé sur les pylônes en forme de lyre et les haubans.
- Meilleurs moments : en fin d’après-midi, la lumière rasante accroche les câbles et le béton clair, avec de beaux reflets sur la Saône. Le matin, le trafic est souvent plus fluide et permet de mieux sentir le rôle de grande porte d’entrée de la ville.
- À garder en tête : le pont reste un axe routier très fréquenté, pensé d’abord pour la circulation. Pour une expérience plus agréable, privilégier les trottoirs, les quais et les petits belvédères en bord de fleuve, plutôt que de marcher trop longtemps au bord de la 4‑voies.
Un pont à haubans bien identifié dans le paysage
Le pont de Bourgogne est d’abord une silhouette, facilement reconnaissable pour qui fréquente la vallée de la Saône. Long de plus de 350 m, il aligne une grande travée centrale d’environ 150 m au-dessus du fleuve, portée par deux pylônes en béton armé en forme de lyre. Les haubans, disposés en semi-harpe, dessinent un éventail régulier entre le tablier et ces fûts légèrement évasés, qui se détachent sur le ciel à l’entrée nord de Chalon-sur-Saône.
L’ingénieur Michel Virlogeux a conçu la structure dans la continuité d’autres grands ouvrages contemporains, en cherchant un équilibre entre performance technique et lisibilité dans le paysage. L’architecte Charles Lavigne a, lui, travaillé la forme des pylônes et la présence du tablier, pour que l’ensemble reste élégant malgré la largeur de la Saône et l’importance du trafic. Résultat : un pont routier assumé, mais qui évite l’effet de masse grâce à la finesse apparente des câbles et au dessin épuré des appuis.
Depuis la berge, ce sont souvent ces détails qui retiennent le regard : les lignes claires des haubans se répondent dans le reflet de l’eau, les pylônes cadrent des morceaux de ciel, et le tablier semble survoler les mouvements du fleuve plutôt que le couper brutalement. Aux jours de circulation dense, les voitures forment une deuxième couche de flux, superposée au courant de la Saône. Aux heures plus calmes, le pont apparaît presque comme un grand objet silencieux, posé en surplomb d’un couloir fluvial où circulent encore péniches et bateaux de commerce.
Pourquoi le pont de Bourgogne a été construit
Pour comprendre le pont de Bourgogne, il faut revenir aux années 1980, quand les ponts du centre de Chalon-sur-Saône, dont le pont Saint-Laurent, saturent aux heures de pointe. La ville est un carrefour entre l’A6, la RCEA, la Saône navigable et plusieurs axes départementaux : le besoin d’un franchissement supplémentaire se fait sentir, à distance du centre historique. L’idée d’un « pont nord » s’impose alors, dans un secteur où le fleuve dispose de berges plus larges et où l’on peut raccorder plus facilement une rocade.
Le projet est porté par un syndicat mixte réunissant la région Bourgogne, le département de Saône‑et‑Loire, la ville de Chalon-sur-Saône et la commune de Saint-Marcel, avec la Direction départementale de l’Équipement et le SETRA comme maîtres d’œuvre techniques. Le chantier se déroule entre 1989 et 1992, sous la conduite de l’entreprise Léon Grosse, dans un contexte où l’on cherche à moderniser les réseaux routiers tout en donnant davantage de soin à l’architecture des ponts.
À l’échelle de la Saône, le pont de Bourgogne s’inscrit dans une série de grands ouvrages qui accompagnent l’adaptation du fleuve aux gabarits modernes : viaduc routier de la RN19 au-dessus de Port-sur-Saône, viaduc de la Saône de la LGV Rhin-Rhône, ou encore grands ponts urbains contemporains à Lyon. Dans la sélection des ponts qui racontent la Saône, Chalon apparaît ainsi comme l’un des endroits où le fleuve passe clairement dans la catégorie des axes structurants, au même titre que les autoroutes et les lignes à grande vitesse.
Lire la ville et la rivière depuis le pont
Une fois qu’on quitte la voiture, le pont de Bourgogne devient un observatoire intéressant pour saisir la géographie de Chalon-sur-Saône. Vers l’amont, la vue se déploie sur un large ruban de Saône, bordé de berges plus vertes, où l’on aperçoit parfois une péniche ou un bateau de commerce qui remonte le courant. On comprend alors pourquoi on parle ici de « grande Saône » : le fleuve a déjà pris son allure de voie navigable majeure, loin du gabarit plus intime qu’il garde encore en Haute-Saône.
Vers l’aval, la perspective change : les installations portuaires, les silos, les entrepôts et les zones d’activités se mêlent aux premières silhouettes d’immeubles, puis aux toits et aux clochers du centre ancien. En suivant la ligne des ponts, on devine où se trouvent les franchissements plus anciens, en particulier le pont Saint-Laurent, qui relie directement le cœur historique à l’île Saint-Laurent. Quelques pas suffisent, depuis la berge, pour passer d’une vue très industrielle à un cadrage plus urbain sur la ville et le fleuve.
Pour profiter vraiment de ces contrastes, le plus simple est d’alterner points de vue : un arrêt en rive Saint-Marcel pour observer le pont de Bourgogne avec Chalon en toile de fond, puis une halte sur les quais de la ville pour voir, cette fois, le grand pont à haubans dans l’alignement du paysage. On se rend alors compte à quel point cet ouvrage complète le rôle des ponts de Chalon-sur-Saône : d’un côté, les traversées quotidiennes au cœur du centre ancien ; de l’autre, un grand trait contemporain qui relie la rocade à la Saône et oriente la ville vers le nord.
Le pont de Bourgogne face aux autres ponts de la Saône
Vu depuis la berge, le pont de Bourgogne n’est ni un vieux pont de pierre ni un viaduc gigantesque posé en pleine campagne. Il occupe une place intermédiaire dans la famille des ponts de la Saône : un grand ouvrage routier contemporain, à la porte d’une ville-port, qui dialogue autant avec la navigation qu’avec le trafic régional. Pour le situer, on peut le comparer à quelques autres ponts emblématiques déjà bien connus des amateurs du fleuve.
| Pont | Particularité | Ce qui frappe sur place |
|---|---|---|
| Pont de Bourgogne à Chalon-sur-Saône | Pont routier à haubans du contournement nord de Chalon-sur-Saône | Pylônes en forme de lyre, haubans en éventail et vue sur la Saône aménagée et les zones portuaires |
| Pont Saint-Laurent de Mâcon | Vieux pont Saint-Laurent médiéval, l’un des grands ponts historiques les plus emblématiques de la Saône | Arches en pierre, remaniements visibles et lien direct avec le centre historique de Mâcon |
| Viaduc routier RN19 Port-sur-Saône | Grand viaduc routier dominant la vallée de la Saône | Piles massives, tablier très élevé, contraste marqué avec le vieux pont du bourg de Port-sur-Saône |
| Viaduc de la Saône de la LGV Rhin-Rhône | Long viaduc ferroviaire moderne, partie intégrante de la ligne à grande vitesse | Tapis de rails qui survole la vallée, longueur dépassant largement le lit du fleuve |
À l’opposé du pont de Bourgogne, le pont Saint-Laurent de Mâcon incarne la longue histoire des ponts de ville, avec ses arches médiévales plusieurs fois remaniées pour s’adapter à la navigation et au trafic. À Port-sur-Saône, le grand viaduc de la RN19 surplombe la vallée comme un trait d’autoroute, tandis que le viaduc de la LGV Rhin-Rhône porte les trains bien au-dessus des méandres. Le pont de Bourgogne, lui, reste au contact de la ville : il est assez haut pour laisser passer les bateaux, assez proche du centre pour compter dans le quotidien des habitants.
Préparer une halte à Chalon autour du pont
Le pont de Bourgogne peut sembler, au premier regard, réservé aux automobilistes pressés. Pourtant, il peut devenir le fil conducteur d’une petite halte à Chalon-sur-Saône, surtout si l’on profite déjà de la vallée de la Saône en voiture ou à vélo. Une fois la traversée faite, il suffit de viser une sortie vers les quais, de se garer en bord de fleuve ou près du centre, puis de repartir à pied à la découverte des deux visages de la ville : celui du grand pont contemporain, et celui du vieux centre tourné vers la rivière.
Un après-midi typique pourrait ressembler à ceci : arrivée par le nord, passage sur le pont de Bourgogne, descente vers la Saône pour le voir depuis la berge, puis remontée tranquille vers le cœur historique et le pont Saint-Laurent. On enchaîne alors deux manières de traverser la Saône : d’abord à grande vitesse, en surplomb des zones portuaires, puis à pied, au rythme des façades anciennes et des terrasses de quai. Pour ceux qui suivent les itinéraires cyclables de la vallée, un petit détour depuis la Voie Bleue ou une autre véloroute voisine permet aussi de découvrir cet ouvrage avant de revenir sur les pistes plus calmes.
Pour composer un itinéraire plus large de pont en pont, le dossier Ponts de la Saône rassemble d’autres idées de haltes et de points de vue, de Port-sur-Saône jusqu’à Lyon. Et si l’on a envie d’un contraste radical, on peut pousser plus au sud et aller marcher sur la passerelle de Trévoux, petit pont suspendu villageois qui montre un visage beaucoup plus intime du fleuve que le grand tablier du pont de Bourgogne.

