Pont tournant de Selles : le pont manuel du canal des Vosges

À Selles, le pont tournant fonctionne encore à l’huile de coude

À première vue, le pont tournant de Selles ne paie pas de mine. Un tablier métallique franchit le canal, une petite route relie les deux rives, l’eau avance lentement entre les arbres et les maisons du village. Pourtant, ce pont n’est pas là pour faire joli. Lorsqu’un bateau doit passer, il cesse d’être une route et redevient ce pour quoi il a été conçu : une pièce mobile du canal.

La manœuvre ne se déclenche pas toute seule. Lorsqu’un bateau arrive, l’agent chargé du pont prend le relais pour arrêter la circulation, actionner le mécanisme à la main, faire pivoter le tablier, puis remettre la route en service après le passage. Le geste ne dure que quelques minutes, mais il suffit à changer le rythme du village. Les voitures patientent, le bateau attend son tour, les regards suivent le métal qui pivote. À Selles, le canal impose encore sa cadence à la route.

Pour les plaisanciers qui font halte, comme pour les cyclistes ou les automobilistes de passage, cette courte parenthèse peut devenir l’occasion de s’attarder au bord de l’eau, de regarder le mécanisme à l’œuvre ou de prendre un café au Bon Bar d’Hier, avec une pâtisserie si l’heure s’y prête.

Le bon réflexe avant de venir

Le pont de Selles ne tourne pas pour une démonstration touristique. Il pivote lorsqu’un bateau doit franchir le canal. Assister à la manœuvre dépend donc du passage réel d’un bateau et des conditions de navigation sur la Saône.

Quand un bateau arrive, la route s’efface

Le principe est aussi simple qu’il est devenu rare. Le bateau approche, le passage routier est interrompu et le tablier métallique quitte son axe habituel. Au lieu de se lever comme un pont levant, il pivote horizontalement jusqu’à s’aligner avec le canal. Le chenal est alors dégagé, le bateau peut poursuivre sa route, puis le pont retrouve sa place pour les véhicules.

Cette rotation donne à voir une hiérarchie que l’on a presque oubliée. Pendant quelques minutes, la voiture attend le bateau. La route s’efface devant l’eau, comme elle le faisait lorsque les canaux représentaient une infrastructure essentielle de transport. À Selles, ce renversement ne relève pas d’une reconstitution : le pont fonctionne encore parce que le canal conserve, lorsque les conditions le permettent, son usage de navigation.

Le geste manuel compte autant que le mécanisme lui-même. Il oblige à ralentir, à regarder et à accepter qu’un trajet ne se déroule pas toujours à la même vitesse. Un conducteur peut y voir une courte contrainte ; un promeneur, un plaisancier ou un cycliste y trouve plutôt un moment à part. Le bruit du métal, l’eau qui se referme derrière le bateau et les quelques voitures retenues de chaque côté transforment un simple passage en scène de voyage.

À Selles, le pont ne se met pas en mouvement pour être regardé. Il tourne parce qu’un bateau a besoin de passer.

Selles, entre le Côney et le canal des Vosges

Le pont tournant prend tout son sens dans le paysage qui l’entoure. Le village se tient entre le Côney et le canal des Vosges, l’ancien canal de l’Est, branche Sud. La rivière suit son cours naturel ; le canal, lui, est une voie construite, réglée et entretenue pour conduire les bateaux à travers un territoire de biefs et d’écluses.

À l’entrée du village, le canal double localement le Côney. Cette proximité explique la physionomie de Selles : l’eau est partout, mais elle ne joue pas toujours le même rôle. Elle peut être rivière, chemin de halage, voie de navigation ou paysage de promenade. Le tablier métallique du pont, long d’environ quatorze mètres, maintient depuis la fin du XIXe siècle la continuité de la route sans condamner le passage des bateaux.

Selles garde ainsi quelque chose d’un village de bateliers. Le canal passe près des maisons, la route le franchit sans l’effacer et le pont rappelle que les déplacements ne se sont pas toujours organisés autour de la voiture. Plus au sud, le canal des Vosges rejoint la Petite Saône à Corre, près de la marina. Cette rencontre donne à la halte de Selles une place particulière sur le chemin de l’eau.

Pourquoi le pont ne tourne pas toujours quand on vient le voir

Le pont tournant de Selles reste capable de s’ouvrir, mais il ne fonctionne pas comme une attraction à heure fixe. Sa rotation dépend d’un bateau qui doit réellement franchir le canal, dans les horaires de service de la navigation. D’après les horaires publiés par Voies navigables de France, les ponts tournants manuels de Selles et de Thunimont sont desservis de 7 h à 19 h. Durant cette plage, un agent peut intervenir pour actionner le mécanisme lorsqu’un plaisancier arrive. Certains jours, un passage suffit à mettre la route en attente ; d’autres fois, le tablier reste immobile, simplement parce qu’aucun bateau ne se présente.

Cette incertitude appartient à la vie du canal. La fréquentation varie selon la saison, les itinéraires empruntés, les travaux sur les ouvrages et les conditions de navigation. Lors des périodes d’étiage ou d’épisodes de sécheresse en Saône, l’eau disponible peut aussi conduire à limiter la circulation sur certains secteurs. Moins de bateaux naviguent alors, et les occasions de voir le pont pivoter deviennent plus rares.

Un mouvement impossible à programmer

Le pont de Selles ne s’ouvre pas pour le public à heure fixe. Si votre visite a pour seul objectif d’assister à la manœuvre, consultez les avis à la batellerie de Voies navigables de France avant de prendre la route.

Faire halte à Selles, même sans voir le pont pivoter

Le plus simple est de ne pas venir à Selles avec une promesse trop précise. Le pont reste intéressant lorsqu’il ne bouge pas : on distingue son axe de rotation, la manière dont il coupe la route et la place qu’il prend dans ce paysage d’eau. Le chemin de halage invite à poursuivre quelques pas le long du canal, là où les arbres, les berges et le Côney voisin prolongent naturellement la halte.

Le détour n’a pas besoin d’être long pour prendre du relief : un pont, une terrasse, quelques minutes au bord du canal et cette impression d’être arrivé dans un endroit où la route n’a pas complètement pris le pouvoir. Selles peut aussi devenir une étape sur un itinéraire plus vaste, entre Corre, la Petite Saône et les premières vallées vosgiennes.

Infos pratiques

  • Localisation : Selles, en Haute-Saône, sur le canal des Vosges
  • À voir sur place : le pont tournant, le canal, les abords du Côney et le chemin de halage
  • Durée conseillée : 30 à 45 minutes pour la halte, davantage avec une promenade ou une pause au village
  • Manœuvre du pont : elle dépend du passage effectif d’un bateau et ne suit pas d’horaire de démonstration
  • À savoir en été : les conditions de navigation peuvent varier selon l’eau disponible, les travaux et les restrictions éventuelles

À Selles, le pont tournant ne cherche pas à impressionner. Il attend son bateau, son agent et le moment où le canal reprendra la priorité sur la route. Même immobile, il raconte déjà une autre manière de voyager : plus lente, plus attentive et toujours guidée par l’eau.

Ce qu’il faut savoir avant de venir à Selles

Le pont tournant de Selles s’ouvre-t-il tous les jours ?

Non. Le pont s’ouvre lorsqu’un bateau doit passer sur le canal des Vosges. La fréquence des manœuvres dépend donc de la navigation réelle.

Peut-on connaître l’heure de passage d’un bateau ?

Non. Les ponts tournants manuels sont desservis dans les horaires de navigation fixés par VNF, généralement de 7 h à 19 h, mais les plaisanciers naviguent selon leur propre parcours. Il n’existe donc pas de créneau public garantissant une ouverture du pont.

Peut-on visiter Selles si le pont ne tourne pas ?

Oui. Le pont, le canal, le chemin de halage et les abords du Côney justifient à eux seuls une courte halte, à prolonger vers Corre ou la Petite Saône.

Sources consultées : Inventaire du patrimoine de Bourgogne-Franche-Comté et Voies navigables de France. Les conditions de navigation évoluent selon la saison, les travaux et la ressource en eau.

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