Les nouveaux quais de Neuville-sur-Saône : un nouveau front de Saône qui change radicalement le rapport de la ville à son cours d'eau

Neuville-sur-Saône : le nouveau visage des quais de Saône, livrés fin mars 2026

Pendant des décennies, les quais de Neuville-sur-Saône servaient de parking. Bitume jusqu’à la rive, voitures garées face à l’eau, et entre le centre-bourg et la Saône, un mur de tôle et de pare-brise. Quand les communes voisines profitaient du programme Rives de Saône pour aménager leurs berges dans les années 2010, Neuville restait à l’écart. Le maire Vincent Alamercy l’a résumé sans détour : « Neuville avait manqué le rendez-vous. »

Ce rendez-vous, la commune vient de le rattraper. Le chantier de 3,7 millions d’euros, engagé par la Métropole de Lyon en juin 2025, s’est achevé fin mars 2026 après neuf mois de travaux. Les chiffres donnent l’échelle de la transformation : 24 000 m² réaménagés, 7 000 m² de surfaces végétalisées, 61 arbres plantés, un parc des Berges de 5 500 m² là où il n’y avait que du goudron. Le marché du vendredi — le plus grand du Val de Saône, 104 exposants — a été déplacé et agrandi sur 9 500 m². Les berges ont été renaturées : exit l’enrochement, place à la ripisylve, ces arbustes et herbacées les pieds dans l’eau qui recomposent le paysage originel de la Saône.

Détail révélateur de l’esprit du projet : pour éviter la ronde des camions sur les quais, les entreprises ont utilisé la Saône elle-même comme voie de chantier. Huit péniches ont acheminé déblais, remblais, arbres et mobilier — l’équivalent de 500 passages de poids lourds en moins. On ne reconquiert pas une rivière en lui tournant le dos.

Aujourd’hui, Neuville-sur-Saône dispose d’un nouveau front de Saône qui change radicalement le rapport de la ville à son cours d’eau. Balancelles face au courant, piste cyclable connectée à la Voie Lyonnaise 3, trottoirs élargis, voie en site propre pour les bus : le bitume a cédé la place à un espace où l’on vient marcher, s’asseoir, faire son marché — et voir passer les péniches.

3,7 millions d’euros, 8 péniches et zéro camion : le chantier point par point

Le projet livré par la Métropole de Lyon se découpe en quatre volets. Chacun répond à un problème concret que les Neuvillois connaissaient depuis des années.

Le parc des Berges

Entre l’avenue Jean-Christophe et la Saône, 5 500 m² de bitume ont été décroûtés pour laisser place à un parc paysager. Des noues — ces bassins végétalisés en creux qui recueillent les eaux de pluie — remplacent le goudron et donnent au terrain un relief inattendu. Seize arbres ont été plantés, complétés par des pelouses accessibles.

Côté mobilier : 5 balancelles face à la Saône, 22 bancs, 9 transats, des tables de pique-nique (dont une accessible PMR) et une estrade qui pourra servir de scène en plein air.

Le marché réorganisé

Le marché du vendredi quitte le quai Pasteur et s’installe sur les places de Verdun, du Nymphée et Charles-de-Gaulle, en contrebas du parc d’Ombreval. La surface passe à 9 500 m² — soit 1 000 m² de plus qu’avant — pour 104 exposants. L’accès piéton depuis la rue Victor-Hugo, désormais piétonnisée, et depuis le parc d’Ombreval est direct : plus besoin de traverser l’avenue.

Les berges renaturées

Péniche acheminant des matériaux sur la Saône lors du chantier des quais de Neuville-sur-Saône
Huit péniches ont acheminé les matériaux par la Saône, évitant 500 passages de camions — image d’illustration.

L’ancien enrochement a été retiré. À sa place : une ripisylve, c’est-à-dire une bande d’arbustes et d’herbacées plantés les pieds dans l’eau, qui reconstitue progressivement le paysage originel des bords de Saône. Les plantes exotiques envahissantes ont été traitées. Des cheminements piétons, ouverts dès janvier, permettent de descendre directement au fil de l’eau.

Les mobilités

L’avenue Jean-Christophe a été restructurée : voie en site propre pour les bus (lignes 40, 43, 70, 84, 96, 97, S14 et cars de l’Ain), tronçon de la Voie Lyonnaise 3 (piste cyclable séparée) et trottoirs élargis. Le parking du quai Pasteur conserve ses 200 places gratuites.

Le chantier en chiffres

Budget total 3,7 M€ (Métropole de Lyon)
Cofinancements 411 000 € Fonds vert de l’État + 267 500 € Agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse
Surface réaménagée 24 000 m² au total
Végétalisation 7 000 m² de surfaces végétalisées, 61 arbres plantés
Maîtrise d’œuvre Ilex Paysages & bureau d’études OGI
Durée du chantier Juin 2025 → mars 2026 (9 mois)

Neuville avait « raté le rendez-vous » des Rives de Saône

Dans les années 2010, le programme Rives de Saône a transformé 50 kilomètres de berges entre la Confluence et Rochetaillée-sur-Saône : promenades piétonnes, œuvres d’art, belvédères. Neuville n’en faisait pas partie. À l’époque, les quais servaient encore de parking et de voie de transit — la ville vivait dos à sa rivière.

Le projet actuel est né de ce constat. Initié en 2022, il s’inscrit dans la promenade métropolitaine de 20 km le long de la Saône portée par la Métropole de Lyon. Une concertation publique a eu lieu en 2023, les travaux ont démarré en juin 2025. Vincent Alamercy, le maire, résume l’ambition : « On va embellir cette magnifique courbe de la Saône, longtemps peu mise en valeur. »

Neuville n’a pourtant pas attendu 2026 pour exister sur les cartes. Au XVIIe siècle, Camille de Neufville de Villeroy, archevêque de Lyon et gouverneur du Lyonnais, en avait fait une résidence princière. Le château d’Ombreval — aujourd’hui siège de la mairie — surplombe toujours les quais depuis le coteau. En contrebas, l’église Notre-Dame de l’Assomption, bâtie en pierre dorée de Couzon, ancre le bourg dans un patrimoine visible dès qu’on lève les yeux depuis la berge.

La pierre dorée en surplomb, la Saône en contrebas : entre les deux, Neuville avait laissé s’installer le bitume et les parkings. Ce temps-là est terminé.

Ce que ça change concrètement si vous y allez ce week-end

Le vendredi matin, au marché

Marché du vendredi de Neuville-sur-Saône — étals de producteurs, Saône en arrière-plan
Le marché du vendredi de Neuville, le plus grand du Val de Saône, sur son nouvel emplacement — image d’illustration.

Chaque vendredi matin, 104 exposants prennent place sur les places de Verdun, du Nymphée et Charles-de-Gaulle. C’est le plus grand marché du Val de Saône, et il a changé de visage. Les allées sont plus larges, le sol plus net, l’espace mieux lisible — on circule sans se bousculer entre les étals de maraîchers, de fromagers et de charcutiers.

Le changement le plus frappant tient au parcours. On arrive à pied depuis la rue Victor-Hugo, désormais piétonnisée, ou en descendant du parc d’Ombreval sans croiser la moindre voiture. Et derrière les derniers étals, la Saône apparaît. C’est nouveau : avant, un parking s’interposait entre le marché et la rivière.

Si vous venez en voiture, le parking du quai Pasteur (200 places, gratuit) reste accessible même le jour du marché.

L’après-midi, au parc des Berges

S’asseoir sur une balancelle face au courant, regarder une péniche remonter lentement vers le nord, entendre le clapot contre la berge. Le parc des Berges ne ressemble pas à un square de centre-ville. Les noues paysagères entre les pelouses créent un relief vallonné, presque rural. Les transats sont orientés vers la Saône et la rive d’Albigny-sur-Saône, en face — pas vers la route.

En descendant vers la berge basse par les cheminements piétons, on accède directement au fil de l’eau. La ripisylve est encore jeune, mais la berge a déjà changé d’allure : l’enrochement a disparu, les arbustes prennent racine.

Pour ceux qui ont un vélo, le tronçon de la Voie Lyonnaise 3 qui traverse les quais permet de rejoindre la Voie Bleue à vélo depuis les quais — la grande piste cyclable qui file le long de la Saône vers le nord.

Le soir, face à la courbe

Neuville compte plusieurs restaurants à quelques pas des quais. On ne les liste pas ici — l’article porte sur les quais eux-mêmes —, mais les terrasses accessibles depuis la rue Victor-Hugo profitent directement du nouvel espace piéton.

L’estrade installée dans le parc pourrait accueillir des concerts ou des projections en plein air dès cet été — la mairie n’a pas encore communiqué de programme, mais l’équipement est là. En attendant, la lumière du soir sur la courbe de la Saône, vue depuis les transats du parc, se suffit à elle-même.

Guinguettes, Tour de l’Écho, navette fluviale : trois prolongements depuis les quais

Remonter vers Ombreval et la Tour de l’Écho

Depuis le marché, on monte en quelques minutes vers le château d’Ombreval (la mairie) et son parc planté, où se cache une nymphée classée — un bassin ornemental du XVIIe siècle alimenté par une source. En poussant un peu plus loin, la Tour de l’Écho, pavillon du même siècle, offre un point de vue panoramique sur le Val de Saône. Comptez une boucle de 30 minutes à pied.

Pour les marcheurs plus ambitieux, le sentier du Vallon des Torrières part de la halte fluviale : 9,2 km, 166 m de dénivelé, environ deux heures, et un panorama plongeant sur Neuville et la Saône au retour.

Longer la Saône vers le sud, jusqu’aux guinguettes

Les berges aménagées permettent de descendre à pied ou à vélo vers Fleurieu-sur-Saône, puis Rochetaillée-sur-Saône. À quelques kilomètres en aval, on atteint les guinguettes qui ouvrent le long de la Saône : La Paillote, Aux Pieds dans l’Eau, Le Canotier. Un déjeuner après le marché, les pieds presque dans l’eau — surtout à partir de Pâques, quand les terrasses rouvrent début avril.

Le trajet se fait aussi à vélo, via la Voie Lyonnaise 3.

Prendre la Saône : halte fluviale et Navigône

La halte fluviale de Neuville est un point d’embarquement sur la rivière. Plus au sud, la navette Navigône relie déjà la Presqu’île par la Saône : Vaise, les Subsistances, les Terrasses de la Presqu’île, Confluence — le tout avec un titre TCL.

L’idée d’une desserte fluviale directe depuis Neuville, souvent évoquée par les élus, prendrait tout son sens maintenant que les quais sont aménagés. Affaire à suivre.

Accès, parking et marché du vendredi : les infos pratiques

Accès et stationnement

  • En voiture — Depuis Lyon centre, environ 20 minutes. Parking quai Pasteur : 200 places, gratuit, accessible y compris le vendredi matin pendant le marché.
  • En bus TCL — Lignes 40, 43, 70, 84, 96, 97, S14 et cars de l’Ain. La voie en site propre aménagée sur l’avenue Jean-Christophe fluidifie les trajets : les bus ne sont plus bloqués dans la circulation.
  • À vélo — Voie Lyonnaise 3 (piste cyclable livrée fin mars 2026 sur les quais), connexion vers la Voie Bleue depuis le nord.

Le marché du vendredi

  • Quand — Chaque vendredi matin, de 8 h à 12 h 30
  • — Places de Verdun, du Nymphée et Charles-de-Gaulle
  • Taille — 104 exposants, 9 500 m²

Vendredi prochain, derrière les derniers étals du marché, la Saône coulera entre les berges replantées. Dans le parc, une balancelle attendra face au courant — Neuville n’a pas changé, c’est la rivière qu’on a remise à sa place.

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