Pont de la Feuillée à Lyon : un balcon nord entre la Presqu’île et le Vieux-Lyon

Pont de la Feuillée à Lyon : balcon nord entre Presqu’île et Vieux-Lyon

Un pont de travail devenu balcon sur la Saône

Au premier regard, le pont de la Feuillée ressemble à un pont de ville très classique : un tablier métallique posé sur de solides piles, des bus qui se croisent, des voitures pressées et un flot continu de piétons. Pourtant, quelques secondes suffisent pour sentir qu’il joue un rôle particulier dans le centre de Lyon : ici, la Saône s’élargit juste assez pour ouvrir une vue dégagée sur les quais, les collines et les clochers, tout en restant à portée de marche des grandes places voisines. C’est l’un des ponts sur la Saône les plus simples pour relier à pied le Vieux-Lyon à la Presqu’île, avec une vraie vue de carte postale au milieu.

Côté Vieux-Lyon, la rampe arrive presque au pied de l’église Saint-Paul et de ses ruelles pavées. À l’opposé, on rejoint très vite les quais de la Pêcherie et de Saint-Vincent, puis la montée vers les Terreaux et l’Hôtel de Ville. En quelques minutes de marche, on passe des arcades anciennes du quartier Saint-Paul aux façades plus droites de la Presqu’île, avec la Saône en ligne de mire constante. Le pont sert de trait d’union entre ces deux ambiances, autant qu’entre la rive des cafés et celle des musées.

Sur le tablier, la circulation reste dense : bus urbains, voitures, cyclistes, trottinettes et piétons se partagent l’espace, avec de larges trottoirs qui permettent de s’écarter un instant du flux. Dès que l’on se rapproche de la rambarde, le décor change : en amont, les quais de Saint-Vincent et la colline de la Croix-Rousse ferment la perspective, en aval les façades du Vieux-Lyon s’alignent jusqu’au secteur du pont du Change disparu et du pont Bonaparte, sous le regard de la basilique de Fourvière. Impossible de ne pas lever les yeux.

Pont de la Feuillée vu depuis les quais de la Saône à Lyon
Depuis les quais, le pont de la Feuillée apparaît comme un simple trait de béton et d’acier posé entre Vieux-Lyon et Presqu’île.

Vu depuis la Feuillée, la Saône ressemble à un long miroir de pierre et d’eau : d’un côté les toits serrés du Vieux-Lyon, de l’autre les façades plus régulières de la Presqu’île, avec les collines en arrière-plan. Un simple changement de trottoir suffit pour changer complètement de tableau.

Le pont s’inscrit ainsi dans la série des grands franchissements qui structurent la ville tout le long du fleuve. Entre les ouvrages plus anciens comme le pont Saint-Laurent à Mâcon et les ponts routiers modernes, il offre une première lecture très accessible de l’enfilade de ponts qui jalonnent la Saône et dessinent, à Lyon, une véritable « forêt » de traversées entre Île Barbe et Confluence.

De la halle de la Feuillée au « pont des Lions »

Un nom venu de l’ombre des feuillées

Avant même le pont, le mot « Feuillée » désignait un coin d’ombre précieux au bord de l’eau. Sur les quais, on montait des abris de branchages et de feuilles, de simples toitures végétales posées sur quelques poteaux, où les portefaix, bateliers et marchands de blé attendaient qu’on les embauche. Sous ces feuillées, on tuait le temps en regardant la rivière, en guettant les bateaux ou en discutant des nouvelles de la ville.

Aujourd’hui, ces cabanes ont disparu, mais le nom est resté accroché au pont. Quand on remonte le quai de la Pêcherie ou le quai Saint-Vincent, on peut imaginer la même attente, remplacée par celle des bus ou des trams. Les bancs ont pris la place des bottes de céréales, les terrasses celle des étals, mais la logique demeure : la Feuillée reste un point de passage où l’on s’arrête, un instant, entre le travail et les loisirs.

Marcher sur le pont la Feuillée, c’est traverser un ancien morceau de port. Sous les pneus et les semelles d’aujourd’hui se superposent les pas des portefaix, les roues des charrettes et le roulis discret des bateaux qui longeaient le quai.

Des câbles de Seguin aux lions voyageurs

Le premier pont construit ici, en 1831, était un ouvrage suspendu en fil de fer dans la lignée des réalisations de Marc Seguin : une travée légère tendue entre deux piles, pensée pour soulager le vieux pont Saint-Vincent tout proche. Pour les Lyonnais de l’époque, c’était un geste d’ingénieur presque futuriste : métal, câbles, tablier étroit au-dessus de la Saône, dans un secteur encore largement façonné par le port et les halles.

Ce pont suspendu devient vite le « pont des Lions ». Quatre lions en fonte, posés sur des piédestaux dessinés par l’architecte René Dardel, montent la garde aux extrémités, entourés de grandes vasques décoratives. Leur allure fière marque les esprits au point que les statues auront droit à plusieurs vies : déplacées après la démolition du pont, elles finissent pour certaines à l’entrée du stade de Gerland, pour d’autres sur une place de Caluire ou même à Montréal, devant une roseraie. Un détail qui rappelle qu’un pont peut laisser des traces bien au-delà de sa structure.

Au fil des décennies, la silhouette de la Feuillée change. Le pont suspendu est remplacé par un ouvrage métallique plus massif au début du XXe siècle, détruit à son tour pendant la Seconde Guerre mondiale. Le pont actuel, inauguré en 1950, repose sur de larges piles en béton habillées de pierre et porte un tablier en acier capable d’absorber des flux de circulation bien plus importants. Comme au pont Bonaparte sur la Saône, les destructions et reconstructions successives se lisent dans la façon dont l’ouvrage relie aujourd’hui un centre-ville contemporain à un tissu ancien.

Le pont de la Feuillée aujourd’hui : belvédère du quotidien

Vues croisées entre Vieux-Lyon et Presqu’île

Dès que l’on s’écarte du flot des véhicules pour se rapprocher de la rambarde, le pont cesse d’être un simple axe routier. Vers l’amont, le regard file le long du quai Saint-Vincent, où les façades couleur miel s’empilent au pied de la colline de la Croix-Rousse. Vers l’aval, la perspective s’ouvre sur les toits du Vieux-Lyon, le site de l’ancien pont du Change, puis le ruban de la Saône jusqu’au pont Bonaparte et à la basilique de Fourvière qui domine l’ensemble.

Le jeu consiste presque à changer de trottoir pour changer de tableau. Côté Presqu’île, les façades sont plus régulières, les quais de la Pêcherie et de Saint-Vincent forment un large balcon urbain, souvent animé par les promeneurs, les cyclistes ou les événements ponctuels. Côté Vieux-Lyon, la sortie du pont plonge directement dans la place Saint-Paul, avec sa gare, son église et ses ruelles étroites qui s’enfoncent vers les traboules.

Quais de la Saône animés en été près du pont de la Feuillée à Lyon
Aux beaux jours, les quais près du pont de la Feuillée deviennent une grande terrasse à ciel ouvert au bord de la Saône.

Un passage très fréquenté entre Saint-Paul et les Terreaux

Au milieu de ces panoramas, la vie quotidienne ne s’arrête pas. Toute la journée, des bus relient la rive droite aux quartiers de la Presqu’île, des voitures glissent d’un feu à l’autre et les vélos se faufilent entre chaussée et trottoir. Le pont ne dispose pas de piste cyclable dédiée, mais ses trottoirs, assez larges, permettent de marcher en sécurité et de s’arrêter sans gêner le flux, le temps d’une photo ou d’une vue rapide sur la rivière.

C’est aussi l’un des passages les plus simples pour relier la gare de Saint-Paul aux Terreaux et à l’Hôtel de Ville. En sortant du train, il suffit de quelques minutes pour se retrouver sur le pont, puis sur les quais côté Presqu’île et dans les rues commerçantes qui remontent vers la place. Le pont la Feuillée fonctionne alors comme une porte d’entrée vers le centre, là où d’autres franchissements plus spectaculaires, comme la passerelle du Palais de Justice, servent davantage de décor ou de promenade.

Pour qui aime comprendre la ville en suivant le fil de la Saône, la Feuillée offre un premier aperçu très concret de cette enfilade de ponts et passerelles qui relient quartiers et collines. En quelques pas seulement, on perçoit comment la rivière structure le cœur de Lyon, avant d’aller explorer d’autres traversées emblématiques comme la passerelle du Palais de Justice, plus en aval, avec ses vues frontales sur la colline de Fourvière.

Une boucle d’une heure entre Presqu’île et Vieux-Lyon

Itinéraire simple depuis les quais de la Pêcherie

La façon la plus simple de profiter du pont la Feuillée consiste à en faire le point de départ d’une boucle d’environ une heure, sans dénivelé ni préparation particulière. Le rendez-vous se fixe sur le quai de la Pêcherie, côté Presqu’île : quelques bancs, la rivière à portée de main, la silhouette du pont en ligne de mire. Il suffit ensuite de monter doucement vers le tablier pour entrer dans le flux des piétons qui traversent entre les deux rives.

Une fois la rambarde franchie, la boucle se dessine naturellement. Côté Vieux-Lyon, on descend vers la place Saint-Paul, avec son église, sa petite gare et ses façades serrées. En quelques dizaines de mètres, l’ambiance change complètement : pavés, arcades, cafés, bruits de valises à roulettes et cloches qui rythment la journée. On peut choisir de s’enfoncer un peu dans le quartier, le temps de remonter une rue, de jeter un œil aux vitrines ou de repérer un futur restaurant pour le soir.

Pour revenir, deux options s’offrent à vous. La première consiste à reprendre tranquillement le pont la Feuillée dans l’autre sens, en prenant cette fois le temps de s’arrêter aux extrémités pour jeter un coup d’œil aux plaques gravées qui racontent, en relief, les anciennes versions du pont. La seconde prolonge un peu la balade en suivant le quai Saint-Vincent ou le quai de Bondy, puis en traversant plus en aval par un autre ouvrage. On peut ainsi créer une enfilade de traversées et commencer à reconnaître les silhouettes déjà aperçues dans le grand article qui recense les principaux ponts le long de la Saône.

Boucle express d’1 h autour de la Feuillée

  • Départ : quai de la Pêcherie, côté Presqu’île.
  • Traversée : montée sur le pont la Feuillée, arrêt au milieu pour la vue.
  • Rive Vieux-Lyon : place Saint-Paul, ruelles et arcades à explorer librement.
  • Retour : soit par le même pont, en prenant le temps d’observer les gravures, soit par un autre franchissement un peu plus au sud.
  • Durée : environ 45 minutes à 1 h, en marchant tranquillement et en s’arrêtant pour quelques photos.

Le bon moment pour profiter vraiment du pont

La lumière change beaucoup l’expérience. En fin d’après-midi, le soleil vient frapper les façades du Vieux-Lyon et allume les fenêtres d’un côté, la colline de Fourvière de l’autre. Le matin, surtout en semaine, la circulation est encore fluide et les trottoirs offrent davantage d’espace pour flâner ou s’arrêter au bord de la rambarde sans se sentir pressé. Les jours d’hiver, un léger brouillard sur la Saône donne au pont et aux quais une atmosphère plus douce, presque silencieuse.

Cette boucle fonctionne aussi bien en sortie rapide après le travail qu’en début de soirée, avant de s’asseoir à une table de la Presqu’île ou du Vieux-Lyon. Elle permet de se mettre dans le bain de la ville en très peu de temps : repérer les repères visuels, sentir la proximité entre les deux rives et comprendre comment la Saône découpe le centre historique. Une fois ce premier passage apprivoisé, il devient difficile de traverser la Feuillée sans ralentir le pas, ne serait-ce que pour vérifier la couleur du ciel au-dessus des collines.

Petits secrets et repères à ne pas manquer

Les gravures qui racontent les anciens ponts

Plaque en relief représentant une ancienne version du pont de la Feuillée
À l’une des extrémités du pont, une plaque en relief résume en quelques traits l’histoire de la Feuillée.

Aux quatre coins du pont, presque à hauteur de main, de petites plaques métalliques représentent différentes versions de l’ouvrage. Certaines sont un peu cabossées ou patinées par le temps, mais elles laissent deviner la silhouette du pont suspendu du XIXe siècle, les lions de fonte qui gardaient les entrées ou encore le tablier métallique du début du XXe siècle. Beaucoup de passants les ignorent, alors qu’elles résument en quelques traits l’histoire que l’on vient de traverser sans forcément y penser.

Un jeu très simple consiste à faire le tour des quatre extrémités pour les repérer une à une, comme un mini parcours de découverte. C’est l’occasion de raconter l’histoire des lions qui ont voyagé jusqu’au stade de Gerland, à Caluire ou à Montréal, et de remettre des images sur les silhouettes que l’on n’a pas connues. Pour une balade en famille, ces détails offrent un prétexte ludique pour ralentir le rythme, lever les yeux et parler du temps où les ponts n’étaient ni aussi larges, ni aussi routiers qu’aujourd’hui.

Une silhouette qui donne envie de rejouer la scène ailleurs

Vu de profil, le pont la Feuillée n’a rien d’un monument spectaculaire : un tablier en acier, des piles massives, des garde-corps sobres. C’est justement ce côté discret qui permet de se concentrer sur le paysage qu’il encadre : Saône, façades, collines. Les peintres et photographes ne s’y sont pas trompés, en choisissant souvent ce secteur pour saisir le jeu de reflets sur l’eau et les enfilades de bâtiments. Aujourd’hui encore, on trouve facilement des séries de photos de street photographers qui travaillent autour du pont, profitant de la lumière changeante et du contraste entre circulation et piétons.

Pour prolonger l’expérience, on peut décider de rejouer la même scène sur un autre pont lyonnais, plus en amont ou plus en aval. Une bonne manière d’entrer dans ce « jeu des ponts » consiste par exemple à garder en tête la vue depuis la Feuillée, puis à aller chercher une ambiance très différente au nord, vers l’Île Barbe. Le vieux pont suspendu qui y enjambe la Saône raconte une autre relation entre rivière et ville, plus intimiste et plus végétale : une invitation naturelle à aller flâner du côté du vieux pont suspendu de l’Île Barbe pour prolonger la série.

Repères pratiques pour préparer la traversée

Accès simple depuis les gares et les transports

Le pont la Feuillée se rejoint facilement sans voiture. Côté Vieux-Lyon, la gare de Saint-Paul se trouve à quelques dizaines de mètres seulement : en sortant du train, il suffit de suivre la place puis la rue qui descend vers la Saône pour se retrouver face au tablier, avec l’église et ses tours en ligne de mire. Côté Presqu’île, les lignes de bus qui longent les quais déposent à proximité immédiate, tandis que le métro A (station Hôtel de Ville – Louis Pradel) permet de rejoindre le pont en moins de dix minutes à pied, en descendant vers les quais par les rues qui partent de la place des Terreaux et de la fresque des Lyonnais.

En vélo, la solution la plus confortable consiste à emprunter les itinéraires le long des quais, puis à monter sur le pont au dernier moment pour traverser. Les trottoirs restent réservés aux piétons, mais le trafic sur la chaussée est plutôt fluide en dehors des heures de pointe. En fin de journée ou le week-end, un rythme plus calme permet de prendre le temps d’observer la rivière sans se sentir pris dans un flot continu.

Quelques conseils pour profiter du lieu

En pratique, avant de traverser

  • Meilleurs moments : matin de semaine pour le calme, fin d’après-midi pour la lumière sur les façades et Fourvière.
  • Durée minimale : prévoir au moins 20 minutes pour une simple traversée aller-retour avec deux ou trois arrêts photo.
  • Enfants : trottoirs protégés, gravures et lions à raconter comme petites histoires de ponts.
  • Point de vue idéal : milieu du tablier, côté rambarde Vieux-Lyon, pour capturer la Saône encadrée par les deux rives.
  • Combinaisons faciles : ajouter un passage par la place des Terreaux ou par une courte flânerie dans le Vieux-Lyon.

En préparant ainsi la visite, le pont cesse d’être un simple passage obligé entre deux rives. Il devient un repère pratique pour organiser une courte boucle urbaine, une manière rapide de prendre la mesure de la Saône au cœur de Lyon, avant de partir explorer d’autres ponts et d’autres ambiances le long du fleuve.

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