Château de Cormatin : le secret Louis XIII de Bourgogne

Château de Cormatin : dans l’intimité du plus fastueux décor Louis XIII de France

La première image surprend toujours. Au centre du village de Cormatin, le château de Cormatin surgit derrière un rideau de douves comme une citadelle plutôt qu’une demeure de plaisance. Bossages massifs, tourelles d’angle, fausses canonnières : cette allure martiale n’est pas un hasard. Elle porte la signature d’un homme, Antoine du Blé, gouverneur militaire de Chalon sur Saône, qui voulait que la pierre parle avant même d’ouvrir la porte.

Franchissez le seuil et le décor change radicalement. Sous les toits d’ardoise se déploie un appartement Louis XIII resté intact depuis quatre siècles : plafonds à la française peints et dorés, boiseries sculptées, un escalier de pierre qui s’élève sur vingt mètres. Peu de châteaux en France peuvent encore montrer un tel décor d’origine, sans reconstitution ni copie.

Ce même décor a un jour accueilli un roi et son plus puissant ministre, dans des circonstances que l’on découvrira un peu plus loin. Car Cormatin n’a pas toujours brillé. Le domaine a survécu à la Révolution grâce à une ruse aussi simple qu’efficace, s’est effondré en partie en 1815, a accueilli les rêveries de Lamartine, puis sombré près d’un demi-siècle dans l’abandon avant d’être arraché à la ruine en 1980. Chaque pierre du château raconte un épisode différent de cette trajectoire, de la puissance affichée à la lente reconquête.

Les jardins ne racontent pas une histoire moins mouvementée. Disparus en 1815, recréés à la fin des années 1980 dans l’esprit baroque du XVIIe siècle, ils forment aujourd’hui un ensemble de dix hectares où le visiteur croise un labyrinthe de buis, des pièces d’eau et un jardin pensé pour éveiller les cinq sens.

Un château né de l’ambition d’un gouverneur militaire

Avant d’être une demeure de plaisance, Cormatin fut d’abord une position stratégique. Dès 1280, une maison forte y surveille l’accès à l’abbaye de Cluny, à quelques kilomètres de là. Les du Blé, déjà considérés comme nobles hommes en 1022, deviennent seigneurs du lieu et adoptent une devise qui résume tout leur destin : « En tout temps du Blé ».

C’est à la fin du XVIe siècle que la famille bascule vraiment. Antoine du Blé profite des guerres de Religion pour asseoir son pouvoir sur le sud de la Bourgogne, d’abord au nom de la Ligue catholique, avant de retourner sa veste pour ramener la région sous l’autorité d’Henri IV. Récompensé par le titre de gouverneur militaire de Chalon sur Saône, une place forte face à la Franche Comté espagnole, il décide de faire construire à partir de 1606 un château digne de sa nouvelle position.

Le résultat surprend encore aujourd’hui : sous des lignes Renaissance, la silhouette garde un vocabulaire militaire assumé, soubassement à bossage, tourelles d’angle et fausses canonnières, inspiré directement de la citadelle de Chalon qu’Antoine du Blé connaissait par cœur. Ce choix architectural n’a rien d’un décor gratuit : il proclame que le nouveau maître des lieux reste, avant tout, un homme de guerre devenu homme de cour.

Le village conserve d’ailleurs cette empreinte défensive dans son organisation, à retrouver au fil d’une promenade qui peut aussi mener vers visiter Cluny et son abbaye, toute proche.

Le plus fastueux appartement Louis XIII conservé en France

Jacques du Blé et la faveur de Marie de Médicis

Le fils d’Antoine, Jacques du Blé, pousse l’ambition familiale beaucoup plus loin. Introduit à la cour dès 1610, il devient l’un des proches de la reine régente Marie de Médicis, puis épouse en 1617 Claude Phélypeaux, fille du Trésorier de l’Épargne, l’un des hommes les plus puissants du royaume. En 1618, Louis XIII lui accorde l’un des tout premiers titres de marquis créés sous son règne : Jacques devient ainsi le premier marquis d’Uxelles.

Appartement Louis XIII du château de Cormatin, plafond peint et boiseries dorées L’appartement Louis XIII a conservé ses plafonds peints et ses boiseries dorées d’origine.

C’est cette faveur royale qui transforme l’intérieur du château. Jacques fait venir plus de soixante tableaux depuis Paris et confie la décoration des pièces à des artisans capables de rivaliser avec le goût de la cour. Le résultat se visite encore aujourd’hui presque sans retouche : plafonds à la française peints de scènes mythologiques, boiseries dorées, cheminées sculptées, un ensemble si complet qu’il est considéré comme le plus fastueux appartement Louis XIII conservé en France.

Dans la nuit du 5 au 6 mai 1629, Louis XIII lui même dormait à Cormatin en compagnie du cardinal de Richelieu, preuve que le château avait rejoint le cercle très fermé des demeures dignes d’accueillir le roi.

Le grand escalier de pierre et les décors dorés

Au cœur du logis, un escalier de pierre monumental s’élève sur près de vingt mètres, éclairé par une lanterne suspendue et rythmé par des voûtes en arc. Sa construction témoigne du savoir faire des tailleurs de pierre bourguignons du début du XVIIe siècle, capables de conjuguer solidité militaire et élégance courtisane dans un même geste architectural.

Le saviez vous

Chargé en 1628 de délivrer le marquisat du Montferrat en Italie, Jacques du Blé échoue faute de moyens. Humilié, il cherche à laver son honneur au siège de Privas et lance une attaque téméraire au moment même de l’arrivée du roi. Il y trouve la mort le 14 mai 1629, quelques jours seulement après avoir hébergé Louis XIII dans son propre château.

Sauvé par le vin, l’épisode oublié de la Révolution

En 1766, le domaine change de mains et passe au procureur Jean Gabriel Verne. C’est sa fille, Sophie Verne, et son mari Pierre Dezoteux, surnommé le baron de Cormatin, qui vont écrire l’un des épisodes les plus savoureux de l’histoire du château. Dezoteux deviendra plus tard chef des Chouans de Bretagne pendant la Révolution, mais c’est bien avant cela, en 1789, qu’il sauve Cormatin d’une destruction certaine.

Au moment de la Grande Peur qui secoue la campagne française cet été là, des émeutiers menacent d’incendier le château. Plutôt que de résister par la force, Dezoteux ouvre en grand toutes les caves du domaine et laisse la foule se servir librement dans les tonneaux. L’ivresse fait le reste : le château traverse la Révolution sans dommage, sauvé par son propre vin.

Le domaine ne sort toutefois pas totalement indemne de cette période agitée. En 1815, des travaux mal maîtrisés provoquent l’écroulement de l’aile sud, une blessure architecturale qui marquera durablement la silhouette du château.

Le couple Dezoteux laisse aussi une trace plus douce dans les jardins. Ancien aide de camp du général Rochambeau pendant la guerre d’Indépendance américaine, Pierre Dezoteux rapporte des essences venues d’Amérique, tulipiers de Virginie et cyprès chauves, qui poussent encore aujourd’hui sur le domaine comme un souvenir végétal de cette aventure lointaine.

Publicite Offrez une experience qui eveille une passion Gastronomie, bien-etre, aventure, sejours insolites — le coffret parfait en quelques clics. Trouver votre cadeau

Lamartine, Massenet et l’Opéra, un siècle de vie mondaine

Le XIXe siècle installe Cormatin dans une autre histoire, plus littéraire. En 1812, Alphonse de Lamartine séduit Nina Dezoteux, fille des propriétaires, dont naît un fils. Le poète y revient régulièrement à partir de 1843, invité par son ami Henri de Lacretelle, et y écrit une partie de l’Histoire des Girondins. En 1847, il y réunit ses amis politiques pour rédiger un programme qu’il qualifie lui même de républicain et socialiste, dont le retentissement traverse l’Europe entière lors des révolutions de 1848.

Le 14 juillet 1888, l’écrivain Jacques de Lacretelle naît dans les murs du château. Sa famille finit pourtant par perdre le domaine, vendu en 1898 à un personnage haut en couleur : Raoul Gunsbourg, directeur de l’Opéra de Monte Carlo. Sous son règne, Cormatin devient une scène estivale prestigieuse, avec le Concours musical de Cormatin, présidé par Jules Massenet, qui attire des voix comme celles de Caruso, Chaliapine ou Tamagno.

Période Propriétaire Marque laissée
1606 à 1730 Famille du Blé d’Uxelles Construction et appartement Louis XIII
1766 à 1888 Familles Verne puis Dezoteux Sauvegarde révolutionnaire, essences américaines
1898 à 1930 Raoul Gunsbourg Concours musical de Cormatin
Depuis 1980 Anne Marie Joly, Marc Simonet Lenglart, Pierre Albert Almendros Restauration complète du château et des jardins

Un château toujours vivant

L’histoire de Cormatin ne s’arrête pas au XIXe siècle. Marc Simonet Lenglart, l’un des trois propriétaires qui ont restauré le domaine depuis 1980, comptait Danièle Mitterrand parmi ses amies proches. Danièle et François Mitterrand avaient pris l’habitude de venir en visite privée à Cormatin chaque année, loin des projecteurs, simplement pour le plaisir de retrouver ce lieu et ses propriétaires.

La chaîne France 3 a d’ailleurs filmé le château à deux reprises pour l’émission Des Racines et des Ailes, en 2015 puis en 2018, révélant à chaque passage de nouveaux trésors dissimulés sous les boiseries. Cette notoriété télévisée a contribué à faire de Cormatin le château le plus visité de Saône-et-Loire, avec entre 50 000 et 60 000 visiteurs chaque année.

Des jardins baroques disparus, recréés pièce par pièce

Après la vente à Gunsbourg, le château entre dans une longue période d’oubli. Pendant près d’un demi-siècle, il reste largement à l’abandon, jusqu’à son rachat en 1980 par Anne Marie Joly, Marc Simonet Lenglart et Pierre Albert Almendros. Leur premier chantier concerne le bâti, mais leur geste le plus spectaculaire touche les jardins.

Labyrinthe de buis du château de Cormatin vu du ciel Le labyrinthe de buis fait partie des jardins baroques recréés à la fin des années 1980.

Créés vers 1620 dans le goût baroque de l’époque, avec parterres de broderie et fontaine sculptée, ces jardins avaient été simplifiés au début du XVIIIe siècle puis remaniés à l’anglaise vers 1785. Ils disparaissent complètement en 1815, lorsque leurs terres servent à combler les douves après cet accident qui avait déjà emporté une partie du bâti. Il faudra attendre la fin des années 1980 pour que les propriétaires actuels entreprennent de les recreuser et de les replanter, déplaçant plus de treize mille mètres cubes de terre pour retrouver l’esprit baroque du XVIIe siècle.

  • Le jardin des cinq sens, pensé comme une expérience à la fois ludique et sensorielle
  • Un labyrinthe de buis surmonté d’une volière belvédère
  • Un potager et un théâtre de verdure, dans l’esprit des jardins d’agrément du Grand Siècle
  • De larges douves entourant l’ensemble du domaine sur environ dix hectares

Comment organiser votre visite

Visite testée un samedi d’été, jardins compris, hors période de forte affluence.

Grand escalier de pierre du château de Cormatin Le grand escalier de pierre s’élève sur près de vingt mètres au cœur du château.

La visite se déroule en deux temps, une découverte guidée des appartements historiques puis une déambulation libre dans les jardins. Comptez environ une heure pour les intérieurs et trente à quarante cinq minutes supplémentaires pour le parc, l’escalier de pierre valant à lui seul quelques minutes d’arrêt tant sa hauteur impressionne.

Infos pratiques

  • Localisation : Cormatin, 71460, entre Cluny et Tournus
  • Accès : ligne 7 du réseau Buscéphale, grand parking gratuit à proximité de l’entrée
  • Durée conseillée : 1h30 à 2h pour les appartements et les jardins
  • Budget indicatif : de 8 à 14 euros selon la formule choisie
  • Période idéale : d’avril à début novembre, ouvert tous les jours
  • Fréquentation : château le plus visité de Saône-et-Loire, prévoir d’arriver tôt en haute saison
  • Site utile : chateaudecormatin.com

Il y a quelque chose de rassurant à voir un château traverser quatre siècles d’histoire sans jamais perdre son âme, malgré les guerres, les révolutions et les décennies d’abandon. Cormatin appartient à cette catégorie de lieux où chaque salle raconte un chapitre différent, du faste royal à la ruse révolutionnaire, jusqu’aux visites discrètes d’un couple présidentiel.

Cormatin fait partie des châteaux à visiter près de la Saône, une sélection qui permet de prolonger l’escapade vers d’autres domaines remarquables du fleuve. Les amateurs de vin prolongeront volontiers la journée en direction des vins du Mâconnais, à moins d’une demi-heure de route, pour une journée complète entre pierre, vigne et histoire de Bourgogne.

Questions fréquentes sur le château de Cormatin

Où se trouve le château de Cormatin ?

Le château se trouve au centre du village de Cormatin, en Saône et Loire, entre Cluny et Tournus.

Combien de temps dure une visite du château de Cormatin ?

Comptez environ une heure trente à deux heures pour visiter les appartements guidés et se promener dans les jardins.

Quel est le prix d'entrée au château de Cormatin ?

Le tarif varie entre 8 et 14 euros par adulte selon la formule choisie, visite partielle ou complète.

Qui sont les propriétaires actuels du château de Cormatin ?

Le château appartient depuis 1980 à Anne Marie Joly, Marc Simonet Lenglart et Pierre Albert Almendros, qui ont mené sa restauration.

Publications similaires