Chemin de halage en bord de Saône. eEntre Haute‑Saône, Bourgogne et Val de Saône.

Chemins de halage en bord de Saône : de la traction des bateaux aux balades à pied et à vélo

Chemins de halage en bord de Saône : vivre aujourd’hui une histoire fluviale de plusieurs siècles

En longeant la Saône, difficile de ne pas remarquer ces sentiers, ces chemins de halage qui suivent la courbe de la rivière au plus près. Par endroits, le sol est bien stabilisé, presque lisse comme une voie verte ; ailleurs, l’herbe a repris ses droits et le chemin se devine plus qu’il ne se voit. Aménagés à l’origine pour permettre aux hommes puis aux chevaux de tirer les bateaux vers l’amont, ces chemins de halage ont changé de rôle : on y croise surtout des marcheurs, des familles à vélo et des cyclistes au long cours sur la Voie Bleue, mais la bande de terrain est restée la même.

Quelques repères pour mieux lire le halage

  • Un tracé presque toujours parallèle à la Saône, le plus près possible de l’eau.
  • Des passages surélevés ou étroits sous certains ponts : les anciennes banquettes de halage.
  • Des maisons éclusières, ports et petits quais qui marquent les anciens nœuds de circulation.
  • Des portions réaménagées en voie verte, notamment sur l’itinéraire de la Voie Bleue Moselle–Saône à vélo.

Comprendre comment ces chemins ont été tracés, puis abandonnés ou réinventés, change la façon de parcourir la vallée. En approchant de Verdun‑sur‑le‑Doubs ou de Tournus, on imagine plus facilement les convois de bateaux de bois remontant vers la Bourgogne. Entre Port‑sur‑Saône et Ray‑sur‑Saône, les longues lignes droites de halage prennent un autre relief quand on pense aux chevaux de trait qui y passaient leurs journées. Autour de Trévoux, Saint‑Bernard et Port‑Bernalin, le contraste est saisissant entre la fréquentation actuelle du chemin (piétons, vélos, poussettes) et la mémoire des chevaux de halage rappelée par les parcours d’interprétation.

Ces chemins racontent à la fois l’ingénierie patiente qui a rendu la Saône navigable et la manière dont le fleuve se vit aujourd’hui : à pied, à vélo, au rythme lent d’une berge qui n’a jamais complètement cessé d’être un lieu de passage.

Aux origines des chemins de halage sur la Saône

Scène de halage avec chevaux tirant un bateau le long d'un fleuve

Bien avant les bateaux à moteur et les croisières de loisir, remonter la Saône relevait de la prouesse physique. Remonter le courant signifiait s’arc‑bouter sur une corde : des hommes marchaient sur la berge, parfois pieds nus dans la boue, en tirant les bateaux à la force des épaules. Là où il n’existait pas de passage dégagé, le convoi devait s’arrêter, négocier avec les riverains, contourner un obstacle ou traverser la rivière pour reprendre le halage de l’autre côté. Ce geste est si emblématique qu’on le retrouve dans de nombreuses gravures et tableaux du XIXe siècle, où l’on voit les silhouettes courbées des haleurs suivre le fil de l’eau, exactement là où passent aujourd’hui les promeneurs.

Pour sécuriser cette navigation, le pouvoir royal impose peu à peu qu’une bande de terrain reste libre le long des rivières navigables. Sur la Saône, ces prescriptions se traduisent par la création d’un véritable « chemin du tirage » sur une rive, parfois doublé d’un contre‑halage sur l’autre, afin de pouvoir changer de côté en fonction du courant, des méandres ou des ouvrages. Les textes fixent la largeur minimale à dégager, interdisent les constructions qui empiètent sur le passage, encadrent l’abattage d’arbres gênant la corde.

« Le long de la Saône, le chemin de halage n’est pas un simple sentier : c’est une véritable infrastructure, patiemment gagnée sur les prairies, les jardins et les bois riverains. »

À partir du moment où les chevaux entrent en scène, l’échelle change. Il faut des bandes de terrain suffisamment larges et régulières pour que les attelages puissent tirer sans se blesser, passer sous les ponts, contourner les piles, franchir les petits ruisseaux grâce à des ponceaux. Les premiers véritables chantiers de halage apparaissent : rectification de certains profils de berge, débroussaillage, construction de banquettes sous les ponts pour que les chevaux puissent passer sans rompre la traction.

Ce patient travail transforme la Saône en un axe commercial plus fiable. Le fleuve devient une grande « route d’eau » vers Lyon et le Rhône, dont le chemin de halage est le trottoir discret. Vue depuis la berge, cette histoire se lit encore aujourd’hui dans le tracé des sentiers, la façon dont ils se rapprochent ou s’éloignent de la rivière, et dans la présence d’anciens ports ou de petites rampes aménagées là où les bateaux venaient autrefois accoster.

Le ruban de halage de la Saône navigable

Entre la Haute‑Saône, la Bourgogne et la Saône‑et‑Loire, le halage de la Saône forme un véritable ruban, presque continu, qui change plusieurs fois de rive. Sur certains plans anciens, on le voit longer la rivière côté couchant, puis basculer côté levant quelques kilomètres plus loin, là où la topographie ou un méandre serré rendent le passage plus commode. L’ensemble dessine une sorte de « ligne de désir » au bord de l’eau, calée au plus près du tirant des bateaux et des zones où les chevaux pouvaient progresser sans risque.

Au nord, vers Corre, Port‑sur‑Saône et Ray‑sur‑Saône, le halage s’accroche à une vallée encore très rurale. Plus au sud, en Côte‑d’Or, il accompagne la Saône entre Pontailler, Lamarche et Auxonne, dans un paysage de prairies humides, de petites digues et de ports modestes. En arrivant en Saône‑et‑Loire, le tracé devient encore plus lisible entre Mont‑les‑Seurre, Verdun‑sur‑le‑Doubs, Gergy, Tournus et Mâcon : rive droite et rive gauche se relaient au fil des contraintes du fleuve, avec des sections parfaitement rectilignes qui trahissent les grands travaux du XIXe siècle.

Verdun‑sur‑le‑Doubs occupe une place particulière dans cette histoire. À la confluence de la Saône et du Doubs, ce port de commerce a longtemps servi de point de redistribution des marchandises venues de Franche‑Comté et de Bourgogne. Le halage y converge, au sens propre comme au figuré : chemins venant de l’amont, passages vers le Doubs, embarcadères, quais et maisons tournées vers le fleuve. Aujourd’hui, la ville garde cette double identité fluviale, entre Saône et Doubs, que l’on perçoit encore en se promenant sur les quais ou en suivant les itinéraires cyclables qui longent les deux rivières.

Plus bas, entre Tournus, Uchizy, Fleurville et Mâcon, de longues lignes droites de chemin, désormais aménagées pour le vélo, épousent quasiment le tracé historique du halage. L’œil attentif repère ici un ancien port, là une rampe de mise à l’eau, un escalier qui descend à un débarcadère, autant de détails qui rappellent que ce ruban de terre était d’abord une infrastructure de travail avant de devenir un terrain de balade.

Verdun-sur-le-Doubs au confluent de la Saône et du Doubs

À mesure que la Saône se rapproche de Lyon, le ruban de halage se mêle davantage aux zones urbaines, aux routes et aux aménagements récents. Certaines sections ont disparu ou se sont fondues dans des cheminements de berges plus modernes, d’autres subsistent quasiment intactes derrière une haie ou au pied d’un quai. Entre Mâcon et le Val de Saône, ce sont désormais les panneaux de la Voie Bleue qui servent de fil d’Ariane : ils reprennent, tronçon après tronçon, cette vieille ligne de halage qui reliait déjà les villages, les ports et les guinguettes d’autrefois.

Relais d’écurie, ports et maisons éclusières : la logistique du halage

Derrière la ligne discrète du chemin de halage, il y avait tout un petit monde qui vivait au rythme des convois. Les bateaux ne se contentaient pas de filer derrière une paire de chevaux : il fallait organiser les changements d’animaux, nourrir les bêtes, loger les hommes, entretenir les cordes, surveiller le niveau de la rivière. C’est là qu’entrent en scène les relais d’écurie, les ports de halage et les maisons éclusières.

Un relais d’écurie, ce n’était pas seulement une grange avec quelques stalles. On y trouvait des chevaux de trait prêts à partir, du fourrage, un maréchal‑ferrant ou un paysan habitué à conduire les attelages, souvent une auberge ou une taverne où haleurs, bateliers et voituriers pouvaient manger et dormir. Les relais étaient espacés de quelques kilomètres : juste ce qu’il fallait pour qu’un cheval ne s’épuise pas, avant d’être dételé et remplacé par un autre pour la section suivante. Chaque changement se faisait sans interrompre la marche des bateaux, dans une chorégraphie bien rodée.

Sur la Saône, ces relais se concentraient à proximité des bourgs‑ports et des points de traversée : endroits où l’on changeait de rive, où un bac permettait de passer hommes et animaux d’un côté à l’autre, où l’on profitait d’un terrain plus stable pour remonter ou descendre une berge. À Saint‑Bernard, en face de Trévoux, la mémoire de ces allers‑retours de chevaux et de bateaux reste très présente : panneaux d’interprétation, photos anciennes, parcours au bord de l’eau qui évoquent le temps où les attelages passaient là au pas serré.

Les maisons éclusières formaient un autre maillon essentiel. Là où la Saône était régulée par des barrages ou connectée à des canaux (comme du côté de Saint‑Jean‑de‑Losne), la maison éclusière était à la fois poste de travail et lieu de vie. On y contrôlait le passage des bateaux, on entretenait les ouvrages, on observait le fleuve en toutes saisons. Autour, un petit hameau se formait parfois : cabanes, jardins, ateliers liés à la batellerie.

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Aujourd’hui, les relais d’écurie ont disparu en tant que tels et beaucoup de bâtiments ont changé de visage. Une ancienne auberge est devenue maison d’habitation, un corps de ferme accueille des chambres d’hôtes, une maison éclusière abrite désormais un petit café ou un gîte. À Reyrieux, sur le chemin de Port Bernalin (au 311), l’ancienne bâtisse du restaurant L’inaTTendu illustre bien cette continuité : ancien relais des écuries en bord de Saône, la maison en pierre a conservé son allure tout en s’ouvrant aujourd’hui sur une terrasse au bord de l’eau. En arrivant par le chemin de halage, l’organisation des lieux raconte encore cette vocation : cour tournée vers la rivière, accès direct à la berge, volumes pensés pour accueillir voyageurs, chevaux et, désormais, convives face au fleuve.

De la traction animale aux moteurs : la fin du halage et la naissance des balades

À partir de la fin du XIXe siècle, l’équilibre bascule. Les premiers remorqueurs à vapeur apparaissent sur les grands fleuves français, puis sur l’axe Rhône–Saône. Ces bateaux puissants peuvent tirer plusieurs unités à la fois, sans dépendre d’un chemin en berge. Pour la batellerie, c’est une révolution : plus besoin d’organiser des relais d’écurie, ni de maintenir des équipes de haleurs. Le chemin de halage reste encore utile pour certains petits convois, mais son rôle s’amenuise année après année.

Au XXe siècle, la généralisation des bateaux automoteurs achève de rendre le halage animal obsolète. Les compagnies abandonnent progressivement l’entretien des chemins, les relais ferment, les chevaux disparaissent des berges. Par endroits, le tracé est absorbé par les champs, coupé par des routes ou des lotissements, grignoté par la végétation. Ailleurs, il reste en place presque par inertie, utilisé par les riverains comme simple sentier de promenade ou accès aux pâtures.

À partir des années 1990‑2000, une nouvelle phase s’ouvre. Les chemins de halage sont redécouverts comme supports idéaux pour l’itinérance douce : profil quasiment plat, proximité constante de l’eau, passages déjà existants dans des secteurs où il est difficile de créer de nouveaux chemins. Sur la Saône, ce mouvement aboutit à la création d’un grand itinéraire cyclable continu : La Voie Bleue Moselle–Saône à vélo (V50), qui relie la frontière luxembourgeoise à Lyon en suivant au plus près le fleuve.

Entre Haute‑Saône, Bourgogne et Val de Saône, une grande partie de cet itinéraire s’appuie directement sur les anciens chemins de halage : sections enherbées transformées en voies vertes, banquettes consolidées, traversées de petits ports réaménagés pour la plaisance. Le ruban du halage change de vocation, mais pas de trajectoire : il ne tire plus des bateaux, il guide des marcheurs et des cyclistes.

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C’est cette reconversion qui explique l’ambiance si particulière de certains tronçons : impression de suivre un vieux chemin de travail, tout en profitant d’une infrastructure très actuelle, balisée et sécurisée. En quelques décennies, la Saône est passée d’un fleuve que l’on remontait au pas des chevaux à un terrain de jeu pour balades et itinérance douce, sans que le dessin de ses berges ne soit complètement effacé.

Où marcher et pédaler aujourd’hui sur les anciens chemins de halage de la Saône

Même si le halage n’est plus nécessaire aux bateaux, de nombreux tronçons restent parfaitement lisibles le long de la Saône. Certains ont été transformés en voies vertes dédiées au vélo, d’autres ont gardé un aspect plus rustique, idéal pour une balade à pied au ras de l’eau. Voici quelques secteurs où le chemin de halage se prête particulièrement bien à une découverte tranquille du fleuve.

Entre Port‑sur‑Saône et Ray‑sur‑Saône

Au nord, entre Port‑sur‑Saône et Ray‑sur‑Saône, le halage accompagne une vallée encore très rurale. Le tracé suit la rivière dans ses méandres, au milieu des prairies et des bosquets. Le relief est quasiment plat, le bruit de la route lointain, et la Saône se dévoile par grandes courbes calmes. Par endroits, le chemin frôle l’eau, ailleurs il prend un peu de hauteur sur une digue ou une levée de terre, preuve de son rôle ancien de voie de service pour la navigation.

  • À pied : petites boucles aller‑retour faciles depuis un village ou une aire de stationnement en rive, avec possibilité de reprendre la même berge ou de traverser un pont si le linéaire n’est pas continu.
  • À vélo : sections idéales pour un premier contact avec la Voie Bleue dans sa partie haut‑saônoise, en profitant d’un trafic très limité et de paysages de rivière encore sauvages.

Sur ces portions, le halage garde une allure simple : chemin enherbé ou piste stabilisée, parfois bordé de haies, parfois totalement ouvert sur l’eau. L’impression de « remonter le fleuve » à la vitesse du pas ou du vélo y est particulièrement forte, surtout le matin ou en fin de journée, quand la lumière souligne les courbes de la Saône.

De Mont‑les‑Seurre à Mâcon, le long de la Saône bourguignonne

Plus au sud, entre Mont‑les‑Seurre et Mâcon, l’ancien chemin de halage a largement été repris par un long ruban cyclable continu. Rive droite, sur des dizaines de kilomètres, la Voie Bleue épouse le tracé historique du halage et dessert une série de petites communes qui vivaient autrefois au rythme de la batellerie : Gergy, Verdun‑sur‑le‑Doubs, Allerey‑sur‑Saône, puis plus bas Tournus, Uchizy, Fleurville, Mâcon. Le fleuve y alterne bras larges, îles, confluences et quais aménagés.

Sur ces longues portions de Saône bourguignonne, l’ancien chemin de halage et la voie verte actuelle se confondent souvent. À vélo, on suit un ruban parfaitement plat qui coupe les méandres, longe les îles, frôle les petits ports et traverse des villages aux façades tournées vers le fleuve. À pied, il suffit de quelques kilomètres pour ressentir cette impression de glisser le long de l’eau, comme les bateaux que l’on voit encore passer.

Chemin de halage aménagé en voie verte le long de la Saône bourguignonne
Secteur Profil de chemin Ambiance
Mont‑les‑Seurre → Verdun‑sur‑le‑Doubs Chemin de halage transformé en voie verte, très plat, proche de l’eau Prairies, confluence Saône/Doubs, petits ports
Verdun‑sur‑le‑Doubs → Tournus Alternance voie verte / petites routes au plus près du halage Villages bourguignons, quais, vues dégagées sur le fleuve
Tournus → Mâcon Longues lignes rectilignes sur l’ancien halage, revêtement roulant Grande Saône, vignobles en arrière‑plan, ports de plaisance

À vélo, ce tronçon se prête bien à des étapes d’une vingtaine de kilomètres ponctuées de pauses en terrasse, de visites de bourg ou de petites haltes gourmandes. À pied, on peut se contenter de sections plus courtes, en aller‑retour depuis un village riverain. Le contact permanent avec la Saône, la présence d’anciens quais et de maisons tournées vers le fleuve rappellent constamment l’origine fluviale de ce chemin désormais très fréquenté par les cyclistes.

Entre Trévoux, Saint‑Bernard et Port Bernalin

Plus près de Lyon, le chemin de halage prend une tonalité différente entre Trévoux, Saint‑Bernard et Port Bernalin. Ici, la Saône coule au pied d’anciens bourgs fortifiés, de châteaux et de quais où l’on venait autrefois charger et décharger les bateaux. Le halage, devenu voie verte, est souvent étroit, posé sur une sorte de passerelle ou de levée au ras de l’eau, avec la rivière d’un côté et la végétation de l’autre.

Chemin de halage entre Trévoux et Saint-Bernard au bord de la Saône

Entre Trévoux et Saint‑Bernard, le chemin de halage se faufile parfois sur une étroite bande surélevée, parfois sur des passerelles en bois au‑dessus de l’eau. La sensation de suivre au plus près la ligne du fleuve est particulièrement forte : un simple regard suffit pour imaginer les chevaux de trait, au même endroit, tirant les bateaux vers l’amont.

À Trévoux, une estacade en bois permet de marcher ou de pédaler au‑dessus de la Saône, presque au niveau de la surface. En poursuivant vers Saint‑Bernard et Reyrieux, le chemin de halage file sous les arbres, parfois bordé de murets, parfois totalement ouvert sur le fleuve. Les panneaux d’interprétation et les traces d’anciens ouvrages rappellent en filigrane le temps où les chevaux tiraient ici les bateaux vers l’amont, rive après rive.

Ce tronçon est très fréquenté : promeneurs du dimanche, familles, cyclistes, joggeurs. Il faut accepter un peu d’animation, surtout aux beaux jours, mais le décor reste spectaculaire : Saône large, îles, vue sur les villages en hauteur. Par temps clair, c’est l’un des meilleurs endroits pour ressentir, en quelques kilomètres, la bascule entre Saône fluviale de campagne et Saône plus urbaine, à l’approche de Lyon.

Autres tronçons à explorer

D’autres sections plus discrètes méritent un détour pour qui aime repérer les traces d’ancien halage. Autour de Saint‑Jean‑de‑Losne, les chemins de berge qui relient Saône et canaux prolongent la logique du halage vers le réseau des canaux bourguignons. En remontant vers l’aval, certaines portions de berge entre Mâcon et la confluence avec le Rhône, plus urbaines, laissent deviner l’ancien tracé à travers des escaliers, des garde‑corps, des banquettes sous les ponts. Ici ou là, un vieux chemin enherbé entre deux clôtures, une rampe en pierre, une maison de mariniers témoignent que le fleuve, même entouré de routes, reste un axe de passage ancien.

Ce qu’il reste aujourd’hui du halage en bord de Saône

Le halage animal a disparu, mais sa trame est toujours là, en filigrane, dans le paysage de la vallée de la Saône. On la retrouve dans les chemins qui courent au pied des digues, dans les passages étroits sous certains ponts, dans la façon dont certaines maisons semblent tourner leur façade vers le fleuve plutôt que vers la rue. À force de marcher ou de pédaler sur ces linéaires, on finit par reconnaître ce qui relève du simple sentier et ce qui relève d’un ancien chemin de travail.

Les traces les plus évidentes sont les voies vertes et les itinéraires cyclables aménagés : panneaux de la Voie Bleue, revêtements réguliers, barrières aux extrémités des tronçons. En parallèle, de nombreux chemins restent plus bruts, parfois boueux ou herbeux, mais suivent exactement la même logique : coller le plus possible à la Saône tout en évitant les zones de berge instable. Les maisons éclusières réhabilitées, les petits ports transformés en bases de plaisance, les quais restaurés ajoutent d’autres couches de mémoire à ce ruban discret.

Dans certains ports de Saône, l’ancien chemin de halage passe aujourd’hui derrière les pontons de plaisance. Bateaux de location, péniches d’habitation et automoteurs de fret y côtoient les promeneurs restés sur la berge. En observant les allers‑venus depuis le chemin, on comprend mieux la cohabitation actuelle entre navigation et usages de loisirs.

Chemin de halage longeant un petit port de plaisance sur la Saône

Règles et cohabitations à garder en tête

  • Les chemins de halage appartiennent en grande partie au domaine public fluvial, mais leur gestion est souvent partagée avec les collectivités locales : la réglementation peut varier d’un tronçon à l’autre.
  • Les piétons restent prioritaires : à vélo, rouler à allure modérée, avertir à la sonnette et doubler large sur les parties étroites.
  • Sur certains secteurs de la Voie Bleue, la circulation des chevaux et attelages est interdite pour des raisons de sécurité et de fragilité des berges.
  • En période de crue, certains tronçons peuvent être partiellement inondés ou officiellement fermés : toujours vérifier les informations locales avant de partir.

Pour mieux appréhender la Saône d’aujourd’hui, il peut être utile de jeter aussi un œil à son fonctionnement du point de vue des bateaux et des écluses : en préparant un voyage en navigation, en observant la signalisation fluviale ou en s’arrêtant dans les petits ports, on comprend encore mieux le rôle joué par ces chemins de berge. Les itinéraires qui longent les écluses, notamment entre Corre et Lyon, offrent un autre angle sur le même fleuve : celui de la navigation contemporaine, qui cohabite avec les promeneurs restés sur la rive.

Pour prolonger la découverte côté navigation

  • Voyager le long des écluses de la Saône : repères sur les tronçons navigables, les écluses et les bons réflexes pour préparer un voyage en bateau entre Corre et Lyon. En savoir plus sur la Saône navigable

Au final, suivre le halage aujourd’hui, c’est autant une manière de se déplacer qu’une façon de lire l’histoire. Chaque portion raconte un compromis entre l’eau, la terre et les usages successifs : de la corde des haleurs aux chevaux de trait, des remorqueurs à vapeur aux automoteurs, des bateaux de commerce aux vélos de la Voie Bleue. En prenant le temps de lever les yeux, on réalise que ce ruban au bord de la Saône est l’un des fils les plus constants du paysage, même quand sa fonction a radicalement changé.

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