Tunnel-canal de Saint-Albin et de Savoyeux : deux passages sous la Petite Saône
Sur la Petite Saône, il existe deux endroits où la rivière semble disparaître sous la colline. À Saint-Albin, près de Scey-sur-Saône, un tunnel-canal de 681 mètres fait filer les bateaux sous la roche au lieu de les laisser suivre un long méandre. À Savoyeux, un second ouvrage, long d’environ 650 mètres, coupe lui aussi la courbe de la rivière dans un décor plus discret, plus rectiligne, presque plus secret. Les deux sites se répondent, mais ils ne racontent pas exactement la même histoire.
Le tunnel-canal de Saint-Albin est le plus spectaculaire. Monumental, large de 6,55 mètres, il a été conçu dans le cadre des grands travaux engagés en juillet 1837 pour améliorer la navigation sur la Saône. Percé à partir de 1838 et achevé dans sa partie souterraine au début des années 1840, il n’est mis en service qu’en 1882, une fois la dérivation entièrement raccordée à la rivière. Le gain est considérable : environ 8 kilomètres évités pour les bateliers et les plaisanciers.
Le tunnel de Savoyeux, lui aussi large de 6,55 mètres, offre un raccourci d’environ 4,5 kilomètres. Son tracé parfaitement droit, son chantier mené au début des années 1840 et ses techniques de progression en font un ouvrage moins connu, mais très intéressant pour qui veut comprendre comment la Petite Saône a été aménagée sans perdre son caractère lent et rural. On ne traverse pas ces tunnels à pied : l’expérience souterraine est réservée à la navigation. En revanche, leurs entrées, les canaux d’approche, les chemins voisins et les haltes alentour suffisent à construire une belle escapade d’été.
Pour découvrir le visage le plus discret de la Petite Saône, difficile de trouver mieux : ici, la rivière ralentit, s’efface un instant sous la pierre, puis ressort quelques minutes plus tard dans les prairies de Haute-Saône, comme si rien ne s’était passé.
Saint-Albin et Savoyeux : quelles différences ?
| Critère | Tunnel-canal de Saint-Albin | Tunnel de Savoyeux |
|---|---|---|
| Longueur | 681 m | Environ 650 m |
| Largeur | 6,55 m | 6,55 m |
| Gain de navigation | Environ 8 km | Environ 4,5 km |
| Chronologie | Percé à partir de 1838, mis en service en 1882 | Chantier lancé en 1838, ouvrage achevé au début des années 1840 |
| Ce qui le distingue | Approches monumentales, ancien passage à sens unique, restauration spectaculaire des tranchées en 2025 | Tracé rectiligne, trois puits de chantier, absence de chemin de halage dans le tunnel |
| Découverte depuis la terre | Entrées, tranchées d’approche, circuit d’interprétation « La Saône et l’Homme » | Entrées, chemins de berge, observation depuis les abords et les itinéraires voisins |
| Traversée | En bateau, selon la signalisation | En bateau, selon la signalisation |
Le tunnel-canal de Saint-Albin, 681 mètres sous la colline
Saint-Albin est l’ouvrage qui marque le plus les visiteurs. Son entrée, encadrée par des maçonneries monumentales, donne au passage quelque chose de théâtral sans être tapageur. La Petite Saône arrive par un chenal rectiligne, les parois se resserrent, la lumière baisse, et l’on comprend soudain que la rivière ne va pas contourner la colline : elle va la traverser.
L’idée naît dans le cadre des grands aménagements décidés en juillet 1837 pour rendre la Saône plus navigable. Conçu par l’ingénieur Philippe Lacordaire, le tunnel-canal de Saint-Albin doit éviter aux bateaux un grand méandre et leur faire gagner environ 8 kilomètres. La partie souterraine est percée à partir de 1838 et achevée au début des années 1840, mais l’ensemble de la dérivation n’entre en service qu’en 1882, une fois les raccordements terminés. Ce décalage entre percement et mise en service est important : il rappelle que l’ouvrage n’est pas un simple tunnel isolé, mais un système complet de navigation.
Le site garde aussi la mémoire d’un usage aujourd’hui presque romanesque. À l’ouverture, le passage se faisait à sens unique selon des plages horaires précises. Les mariniers consultaient un almanach pour savoir quand s’engager sous la voûte. Cette organisation peut sembler lointaine, mais elle donne une épaisseur humaine au lieu : on n’imagine plus seulement un ouvrage d’ingénierie, on voit des bateliers attendre leur créneau, vérifier le moment du départ, s’aligner avant de disparaître sous la roche.
Le tunnel-canal de Saint-Albin a retrouvé récemment une part de son éclat. En 2025, Voies navigables de France a achevé une restauration importante des tranchées d’approche, avec le remplacement de plus de 12 000 pierres de taille dans le respect des dessins et techniques d’origine. Cette intervention ne transforme pas le lieu en décor neuf ; elle en renforce au contraire la lisibilité. On voit mieux la rigueur des lignes, le soin apporté aux parements, la manière dont le canal est littéralement inscrit dans la colline.
Depuis la terre, Saint-Albin se découvre très bien sans bateau. C’est même là que beaucoup de visiteurs en perçoivent le mieux la monumentalité : en longeant les approches, en observant la façade, en suivant les panneaux d’interprétation et en comprenant comment la Saône a été détournée pour gagner du temps sans cesser d’être elle-même.
Le tunnel de Savoyeux, un passage rectiligne d’environ 650 mètres
Le tunnel de Savoyeux est moins célèbre que Saint-Albin, mais il apporte une autre nuance au récit de la Petite Saône. Là où Saint-Albin impressionne par son côté monumental, Savoyeux séduit par sa netteté. L’ouvrage est rectiligne, plus dépouillé, presque plus sévère. Cette sobriété lui donne une force particulière : ici, l’aménagement fluvial ressemble à une coupe franche dans le paysage.
Le chantier commence lui aussi en 1838 et mobilise une main-d’œuvre importante, autour de 400 ouvriers selon les notices patrimoniales. Trois puits servent alors à extraire les déblais et à aérer le chantier. Ce simple détail suffit à faire surgir la réalité du travail : bruit, poussière, pierre arrachée, hommes dispersés entre la surface et le souterrain pour faire progresser la percée. Le tunnel n’est pas seulement une curiosité pour promeneurs d’aujourd’hui ; c’est aussi un vestige très concret de la grande mécanique humaine qui a transformé la Saône.
Savoyeux se distingue aussi par l’absence de chemin de halage à l’intérieur même du tunnel. Les mariniers utilisaient des chaînes pour faire progresser les bateaux dans ce passage souterrain. Cette différence technique mérite d’être mise en avant, car elle donne à Savoyeux une vraie personnalité face à Saint-Albin. Ce n’est pas une version réduite du premier, mais un autre type de réponse à la même question : comment faire gagner du temps aux bateaux sur une rivière lente, sinueuse et parfois contraignante ?
Long d’environ 650 mètres, le tunnel de Savoyeux permet de gagner environ 4,5 kilomètres de navigation. L’ouvrage a été restauré au début des années 2000, ce qui explique sa lecture encore nette sur le terrain. Ses abords se prêtent bien à l’observation depuis la terre. On ne vient pas ici pour traverser à pied sous la voûte, mais pour comprendre la ligne droite du passage, regarder comment le canal coupe le relief et mesurer l’écart entre le lit naturel de la Saône et ce raccourci presque géométrique.
C’est aussi dans cette section que le lien avec l’histoire des chemins de halage au bord de la Saône trouve le plus de sens. À Savoyeux, l’absence de halage intérieur rappelle justement combien la navigation sur la Petite Saône a longtemps été une affaire d’ingéniosité, d’adaptation et de compromis techniques.
Comment se déroule la traversée en bateau ?
La traversée des deux tunnels s’effectue en bateau, sous le contrôle de la signalisation en place. Pour un plaisancier, l’expérience tient autant au passage lui-même qu’à sa préparation : on ralentit à l’approche, on observe les feux, on s’engage seulement lorsque les conditions le permettent. La sensation est très différente d’une navigation à ciel ouvert. Le bruit se concentre, les repères changent, les distances se lisent autrement.
À Saint-Albin, l’entrée spectaculaire renforce encore cette impression. Le bateau paraît absorbé par l’ouvrage avant de réapparaître quelques minutes plus tard plus loin sur la rivière. À Savoyeux, la traversée est moins théâtrale, mais plus sèche, plus directe, presque plus technique. Dans les deux cas, il faut penser ces tunnels comme des passages de navigation et non comme des attractions à part. Ce sont des ouvrages actifs, qui obéissent à des règles.
Pour une escapade douce, le plus simple consiste à découvrir la Petite Saône en bateau sans permis sur la Saône ou à intégrer ces ouvrages dans une croisière fluviale plus large. Avant d’embarquer, mieux vaut toutefois vérifier les conditions de navigation auprès de VNF : niveau d’eau, consignes ponctuelles, fonctionnement des ouvrages et éventuelles restrictions saisonnières. En 2026, ce réflexe n’a rien d’accessoire.
Peut-on voir les tunnels sans bateau ?
Oui, et c’est même la façon la plus simple de les découvrir pour la majorité des visiteurs. Ce point mérite d’être formulé clairement : on n’entre pas dans les tunnels à pied pour les traverser sous la voûte. L’expérience souterraine appartient à la navigation. En revanche, les entrées, les tranchées d’approche, les chemins voisins et les ouvrages annexes se prêtent très bien à une visite depuis la terre.
À Saint-Albin, le circuit d’interprétation « La Saône et l’Homme » permet de lire le site autrement. Il relie l’entrée amont du tunnel à l’écluse de Rupt-sur-Saône et met en perspective la batellerie, les travaux d’aménagement et les paysages façonnés par l’eau. On n’y cherche pas un tunnel à explorer comme une grotte ; on y découvre plutôt un système complet, fait de maçonneries, de berges, d’ouvrages et de points de vue.
À Savoyeux, l’approche est plus discrète, mais tout aussi intéressante pour qui aime les lieux techniques vus depuis l’extérieur. Les chemins de berge, les petites routes et les itinéraires cyclables voisins permettent de s’approcher des entrées et d’observer la logique du tracé. La meilleure attitude consiste à venir avec l’idée de regarder comment la rivière a été coupée et non de chercher une visite souterraine inaccessible.
Que faire autour de Saint-Albin et Savoyeux ?
Une visite des tunnels gagne à s’inscrire dans une petite journée sur la Petite Saône. Autour de Saint-Albin, les abords se prêtent à une marche lente entre eau, pierre et prairies. Il y a assez à voir pour justifier le détour, mais aussi assez de calme pour ne pas transformer le lieu en simple point d’arrêt. C’est précisément cette mesure qui le rend séduisant : on vient pour un ouvrage, on reste pour une ambiance fluviale plus large.
Le prolongement le plus naturel consiste à prolonger la visite à Scey-sur-Saône. Le village, avec son port de plaisance et ses quais paisibles, donne un ancrage concret à la journée. On passe de l’ingénierie fluviale au rythme plus doux d’une halte en bord d’eau, sans quitter le fil du sujet. C’est là que l’angle O2 Saône prend tout son sens : un lieu, un moment, une activité, puis une décision simple sur ce que l’on fait ensuite.
Du côté de Savoyeux, l’intérêt tient davantage à l’atmosphère rurale et à la lecture du paysage. Entre canal, Saône, chemins et relief, le site invite à lever les yeux et à comparer le cours naturel de la rivière avec la ligne droite de la dérivation. Si l’on arrive en voiture ou à vélo, le bon réflexe consiste à prendre son temps, à multiplier les points de vue et à faire de cette visite un épisode d’une escapade plus large sur la Haute-Saône fluviale.
Informations pratiques avant de venir
- Le tunnel-canal de Saint-Albin et le tunnel de Savoyeux se traversent en bateau ; ils ne constituent pas des promenades souterraines ouvertes aux piétons.
- Depuis la terre, les deux ouvrages se découvrent par leurs entrées, leurs canaux d’approche et les chemins alentour ; à Saint-Albin, le circuit « La Saône et l’Homme » est le repère le plus utile pour une visite pédestre des extérieurs.
- Pour une navigation, il est indispensable de vérifier auprès de VNF les conditions en vigueur, la signalisation et les éventuelles restrictions avant le départ.
- Des visites patrimoniales des extérieurs de Saint-Albin peuvent être organisées ponctuellement ; mieux vaut consulter l’office de tourisme de Scey-sur-Saône avant de venir.
- Chaussures fermées, eau et prudence près des ouvrages restent les meilleurs alliés d’une visite réussie, surtout en été.
Les questions qu’on se pose avant d’aller voir les tunnels de Saint-Albin et Savoyeux
Peut-on traverser le tunnel-canal de Saint-Albin à pied ?
Non. Le passage sous la voûte est réservé à la navigation. À pied, on découvre les entrées, les approches et les circuits d’interprétation extérieurs.
Quelle est la différence entre Saint-Albin et Savoyeux ?
Saint-Albin est plus monumental, long de 681 mètres et associé à un gain de navigation d’environ 8 kilomètres. Savoyeux, long d’environ 650 mètres, est plus rectiligne et fait gagner environ 4,5 kilomètres.
Peut-on voir les tunnels sans bateau ?
Oui. Les deux sites peuvent être observés depuis leurs abords, les chemins voisins et les canaux d’approche. À Saint-Albin, le circuit « La Saône et l’Homme » facilite particulièrement cette découverte.
Faut-il vérifier les conditions avant une traversée en bateau ?
Oui. Avant toute navigation, il faut consulter les informations de VNF sur l’état du réseau, la signalisation et les éventuelles restrictions ponctuelles.
Deux ouvrages, une autre idée de la Petite Saône
Réunis dans une même escapade, le tunnel-canal de Saint-Albin et le tunnel de Savoyeux montrent deux manières d’aménager la Petite Saône sans la faire basculer dans un paysage purement technique. L’un impressionne par sa monumentalité, l’autre par sa ligne droite et son dépouillement. Tous deux rappellent surtout qu’en Haute-Saône, la rivière ne se contente pas de serpenter entre les prés : elle traverse aussi des ouvrages rares, pensés pour la navigation et encore capables de surprendre ceux qui prennent le temps de les regarder.

