Rolling Saône 2026 : plus de 16 000 festivaliers, la Pokoramania plus forte que la pluie
Pluie, froid et plus de 16 000 festivaliers : le pari était loin d’être gagné
À Gray, le thermomètre est descendu plus bas que prévu en ce week-end de mai, mais c’est bien la Halle Sauzay et le festival Rolling Saône 2026 qui ont fini par chauffer le plus.
Avec des températures proches de 5 °C et des averses à répétition, on aurait pu s’attendre à voir la halle sonner creux. Au final, plus de 16 000 personnes se sont tout de même pressées sous sa charpente métallique, un score que les organisateurs qualifient de belle réussite pour cette 18e édition.
Entre les familles venues pour Aldebert, les fans de Marine et la vague de supporters de Matt Pokora, la petite ville de Gray a vu défiler un public aussi varié que survolté. Dans ce décor très concret de fête locale, le festival a tenu son rang de rendez-vous musical majeur en Bourgogne–Franche-Comté.
Au cœur de ce week-end, Rolling Saône 2026 a surtout rappelé ce qui fait sa singularité : un format couvert à taille humaine, deux scènes qui se répondent en continu et une proximité rare entre artistes et public. Plusieurs dizaines d’artistes, près de 170 bénévoles mobilisés, des milliers de portions servies aux buvettes… tout concourt à cette impression de grande fête bien huilée.
« On aurait signé des deux mains pour une édition comme celle-ci », glissent les organisateurs en refermant les portes de la halle, encore chargée du final électrique du samedi soir.
Derrière les capuches, les ponchos et les gobelets fumants, restent surtout des visages souriants : trois soirées bien distinctes, trois ambiances, et une même envie de ne pas laisser la pluie gâcher la fête.
Trois soirs, trois ambiances à la Halle Sauzay
Jeudi : Aldebert, Eiffel et la poésie de Stephan Eicher
Le coup d’envoi se joue sur un tempo tout en douceur. En début de soirée, Aldebert installe d’emblée une atmosphère familiale : refrains que les enfants connaissent par cœur, parents qui entonnent les couplets, mains en l’air malgré les blousons bien fermés. Sous la charpente de la Halle Sauzay, le festival s’ouvre avec cette chaleur-là : celle d’un concert où trois générations chantent ensemble.
Plus tard, les guitares d’Eiffel et de House of Brass musclent progressivement la soirée. Les sets s’enchaînent vite d’une scène à l’autre, sans temps mort : quand l’une se tait, l’autre démarre déjà. Les premiers rangs se resserrent, les bonnets tombent, et on oublie peu à peu les gouttes qui ruissellent encore sur les bâches périphériques.
En tête d’affiche, Stephan Eicher distille ce mélange rare de mélancolie et de générosité. Les arrangements sont ciselés, la voix familière, les chansons s’installent dans le brouhaha feutré de la halle. On le sent à l’écoute, joueur avec le public, presque surpris de la ferveur que déclenchent certains titres. La soirée s’achève sur une forme de poésie électrique : un artiste majeur, servi par une acoustique plus intime que dans les grands festivals de plein air.
Vendredi : Marine à cœur ouvert, Djadja & Dinaz mettent le feu
Le deuxième soir change de couleur dès les premiers accords. On devine vite que beaucoup sont venus pour celle qui occupait encore le prime de la Star Academy il y a quelques mois : Marine. Pour la gagnante de la saison 12, Rolling Saône fait partie des premiers grands rendez-vous de scène de l’année. Elle arrive un peu intimidée, repart portée par un chœur de fans.
Au fil du set, elle parle, confie ses doutes, remercie Gray d’être là « malgré la pluie ». Les titres s’enchaînent, certains repris mot pour mot par le public compacté devant la grande scène. La voix tient, le sourire aussi : cette soirée-là compte autant pour elle que pour ceux qui l’attendaient au pied des barrières.
Autour d’elle, la programmation du vendredi ne manque pas de relief. Malo’ se détache comme une vraie belle surprise, avec des chansons qui accrochent l’oreille et un naturel qui fait mouche. Orange Blossom et Vanupié apportent leurs textures plus métissées : nappes électroniques, violon, accents reggae, ambiance voyage. On traverse des humeurs très différentes sans quitter la halle.
Le pic d’énergie arrive avec Djadja & Dinaz. Quand le duo monte sur scène, la température grimpe d’un coup. Les bras se lèvent en même temps que les téléphones, les basses frappent dans la poitrine, les refrains sont scandés presque plus fort que les enceintes. La Halle Sauzay se transforme en grande boîte à ciel couvert, avec une énergie qui déborde jusque sur le parvis.
Samedi : Ycare, Solve et le raz-de-marée Matt Pokora
La dernière soirée commence sur un ton plus intimiste. Ycare installe un climat de confidence, avec cette manière bien à lui de parler autant qu’il chante, de glisser une blague entre deux phrases très sérieuses, d’embarquer les spectateurs dans ses histoires. Ses chansons s’offrent comme des parenthèses au milieu du week-end, et beaucoup restent jusqu’à la dernière note.
Changement de décor avec Solve, qui pousse nettement le curseur rock. Guitares saillantes, rythmiques plus lourdes, énergie frontale : la fosse se densifie, les premiers rangs se lâchent. Cette montée en puissance prépare idéalement le terrain pour celui que la majorité du public attend.
Quand Matt Pokora apparaît, c’est un vrai raz-de-marée. La halle se met à hurler, les panneaux LED s’illuminent, les premières chorégraphies se déclenchent au millimètre. Le show est rodé, spectaculaire : danseurs, jeux de lumière, enchaînement de tubes, moments plus acoustiques à la guitare, clins d’œil aux anciens albums. On lit sur les visages un mélange d’attente comblée et de surprise : voir un spectacle de cette ampleur dans un cadre aussi resserré marque les esprits.
La « Pokoramania » s’est bel et bien invitée à Gray : des groupes de fans venus de tout le département, des pancartes bricolées pour l’occasion, des larmes au premier rang. En sortant dans la nuit froide, beaucoup ont le sentiment d’avoir assisté à un moment qui restera longtemps dans les conversations. Rarement Rolling Saône aura autant semblé jouer dans la cour des grands.
Ce que cette édition dit du festival
Au moment de ranger les chapiteaux, une évidence s’impose : Rolling Saône a confirmé en 2026 ce qui fait sa force. Un festival couvert à taille humaine, capable d’aligner des têtes d’affiche très grand public sans perdre son âme de rendez-vous local, soutenu par une armée de bénévoles et par un public fidèle, même quand la météo s’acharne.
Sur une même affiche, on aura croisé Aldebert, Stephan Eicher, Marine, Malo’, Orange Blossom, Vanupié, Djadja & Dinaz, Ycare, Solve et Matt Pokora. Un grand écart assumé, mais cohérent une fois sur place : les familles trouvent leur compte en début de soirée, les amateurs de chanson et de rock se régalent au milieu, les fans de pop et de rap remplissent la halle jusqu’au bout de la nuit.
Ce qui se joue ici dépasse le seul week-end de mai. À Gray, le festival s’inscrit dans un territoire où la Saône sert de fil conducteur à d’autres envies d’escapades. À quelques kilomètres à peine, Arc‑lès‑Gray prolonge l’ambiance au fil de l’eau, entre pont sur la rivière, Voie Bleue, kayak et terrasses avec vue. Plus en amont, Port‑sur‑Saône offre une autre facette douce et fluviale de la Haute‑Saône, idéale pour calmer le tempo après trois nuits debout.
Avec ses un peu plus de 16 000 festivaliers, son mélange assumé de têtes d’affiche et de découvertes, ses gobelets fumants serrés dans des mains gantées, Rolling Saône 2026 ressemble à une répétition générale réussie avant un anniversaire symbolique : l’édition 2027 marquera les 20 ans du festival. La question n’est plus de savoir s’il tiendra, mais jusqu’où il pourra grandir sans perdre son charme si particulier.

